Archives mensuelles : février 2013

Mariage homosexuel : la France raillée par ses voisins européens

Article de Métro du 6 février 2013

http://www.metrofrance.com/info/mariage-homosexuel-la-france-raillee-par-ses-voisins-europeens/mmbf!B9UOXBO3kBTg/#.URN6wSemy9A.facebook

POLEMIQUE – Alors que le débat enflamme l’Assemblée nationale et que les opposants au mariage gay restent ultra-mobilisés, Metro a interrogé des journalistes étrangers pour connaître leur regard sur le projet de loi qui divise tant le pays. Le constat est sans appel.

Des opposantes au mariage pour tous lors de la manifestation à Paris le 13 janvier.

Des opposantes au mariage pour tous lors de la manifestation à Paris le 13 janvier. Photo : SIPA

 « Indigne », « glaçant », « hypocrite ». Le débat sur le mariage pour tous, qui donne lieu à des échanges passionnés depuis des mois en France, étonne et déçoit nos voisins européens. Dernier pays en date à avoir fait passer la réforme du mariage pour les couples homosexuels : la Grande-Bretagne et son gouvernement… conservateur. « Avec des débats beaucoup moins houleux qu’en France », souligne pour Metro Philip Turle, rédacteur en chef adjoint à la rédaction anglaise de RFI, qui ajoute que « la population anglaise n’a pas du tout manifesté ». Les Britanniques ont donc beaucoup de mal à comprendre, poursuit-il, « pourquoi autant de réticences, de débats, et de clivages outre Manche, alors que même l’Espagne a réussi cette avancée sociale ». Il faut croire que « la France est en retard par rapport à l’Europe », conclut-il.

Autre pays réputé pour son conservatisme, l’Espagne a en effet adopté la loi il y a maintenant huit ans. Aujourd’hui, les médias raillent « l’hypocrisie à la Française ». A l’instar du grand quotidien El Pais, qui ne fait pas de cadeau à son voisin, critiquant vertement son « marathon de séances parlementaires inutiles » donnant lieu à des « arguments fallacieux et des anachronismes sociaux sans précédent ». « Chez nous aussi, la société demeure très partagée sur le sujet », affirme le journaliste Juan Pedro Quinonero, correspondant pour le journal conservateur espagnol ABC. « Toutefois, note-t-il, j’ai été très surpris par la diversité des opposants dans la ‘Manif pour tous’ à Paris, où l’on retrouvait aussi bien des familles traditionnelles que modernes ». L’Hexagone serait-il donc plus réac’ qu’on ne le croit ?

Des politiques qui « manquent de courage »

« Je n’imaginais pas la France aussi conservatrice ! », s’étonne ainsi la journaliste belge Joelle Meskens, correspondante pour Le Soir. En poste depuis quinze ans à Paris, elle se dit pourtant « stupéfaite par la virulence des débats ». « En Belgique, nous dit-elle, où la loi est passée il y a dix ans, il n’y a eu aucune manifestation ». Aujourd’hui, « les Belges suivent de près ce débat en France et sont étonnés par ce feuilleton incroyable, si passionné ». Pour la journaliste, cela révèle un vrai paradoxe : « la France met en avant sa laïcité en toutes occasions, or il apparaît avec ce débat que les religions ont encore une réelle influence sur les mentalités ».

Le Britannique Philip Turle se montre beaucoup plus sévère. Et s’en prend directement à la classe politique française dans son ensemble. Avec, d’un côté, une « droite qui n’élève pas le débat » : « on a entendu des dérapages indigne d’un élu », déplore-t-il. De l’autre, un « gouvernement qui manque de courage ». « L’équipe de François Hollande, comme le président lui-même, manque d’expérience politique et de la poigne nécessaire pour mener un débat jusqu’au bout », estime le journaliste. « La société française n’aime pas le changement et son gouvernement est incapable de la rassurer ».

Pire, « il tergiverse sur la PMA, en faisant des petits pas en avant puis en arrière, ce qui montre bien un vrai manque de fermeté politique », assure-t-il. Pour lui, la France devrait regarder en dehors de ses frontières et prendre exemple : « Quand on voit qu’en Grande-Bretagne c’est le parti conservateur qui a fait passer cette réforme sans problème, il faut se poser des questions sur la maturité de la classe politique française ».

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Le12 février à Nantes : C’est Mardi Gras ! Fêtons le Queernaval !

Nouvelle action des DurEs à Queer à Nantes:

http://dures-a-queer.tumblr.com/post/42458113221/le-12-fevrier-a-nantes-cest-mardi-gras-fetons-le

Quoi de mieux en effet que le Mardi-Gras pour se féliciter des combats menés et montrer que nous sommes toujours plus que mobilisEes pour la PMA. Quoi de mieux que cette fête où, traditionnellement, le peuple subvertit l’ordre établi, où le valet se fait maître, où les hommes se font femmes et vice et versa, où les enfants s’octroient des droits d’adulte. Il s’agit bien pour nous de se réjouir des prémices de la fin de ce monde où seule l’hétérosexualité a droit de cité, de dénoncer la mascarade homophobe, afin d’avancer avec fierté sur le char du progrès qui ne connaît pas la marche arrière! Soyons folles, soyons orgiaques, soyons dionysiaques, soyons arlequinEs… soyons nombreuSES!

Rappelons aux bouffons de l’ancien temps que leur parole doit avoir moins de pouvoir que nos confettis.

*Vote de la loi ouvrant le mariage entre personnes du même sexe par l’assemblée nationale

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Allemagne: les enfants d’homoparents ne souffrent pas de problèmes émotionnels ou psychologiques, selon une enquête officielle

Article de Yagg, 4 février 2013:

http://yagg.com/2013/02/04/allemagne-la-premiere-etude-sur-les-familles-homoparentales-a-ete-publiee/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed:+Yagg+%28Yagg%29&utm_content=Netvibes

Publié par   |   Dans Égalité des droits,Homoparentalité,Société

Angela Merkel est toujours opposée, comme son parti, à l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe. La première étude (BMJ) représentative des familles homoparentales en Allemagne vient donner de l’eau au moulin des partisans de l’égalité. Elle montre que les enfants élevés par deux pères ou par deux mères, qui seraient au moins 7000 en Allemagne (selon une enquête de 2009) ne rencontrent pas de problèmes particuliers dans leur développement et dans leur rapport à la société, par rapport aux enfants issus des autres familles.

L’étude a été commandée par Brigitte Zypries, l’ancienne ministre de la Justice SPD (le parti social-démocrate) en 2006. Des enquêtes ont été menées auprès des parents et des enfants de familles homoparentales dans deux régions en Bavière. À l’Institut de Recherche sur la Famille de Bamberg, 1059 homoparents ont été questionnés sur différents thèmes allant de la répartition des tâches, aux rapports avec les personnes extérieures à la famille, en passant par la discrimination. Une petite centaine d’enfants âgés de 10 à 18 ans ont aussi répondu aux questions de l’enquête, portant sur l’estime de soi, la relation à leurs parents, leur façon de gérer le regard des autres.

PAS DE PROBLÈMES ÉMOTIONNELS OU PSYCHOLOGIQUES
Comparés aux données récoltées auprès de familles hétérosexuelles, monoparentales ou recomposées, les résultats des questionnaires ont montré que les enfants des familles homoparentales ne souffrent pas de problèmes émotionnels ou psychologiques, comme l’explique Elke Jansen dans le compte-rendu de l’enquête: «Ils gèrent très bien les étapes clefs de l’adolescence, comme celle de construire leurs premières relations intimes, de développer des relations stables et productives avec leurs pairs, tout en parvenant à une indépendance émotionnelle vis-à-vis de leurs parents et des autres adultes – et par certains aspects, ils font parfois même mieux que ceux qui grandissent dans des familles hétérosexuelles nucléaires, monoparentales ou recomposées: par exemple, ils planifient et organisent l’école et leur carrière professionnelle plus en avance et prennent cet enjeu plus au sérieux.»

TRÈS FORT NIVEAU D’ESTIME DE SOI
Parmi les résultats les plus significatifs, l’étude montre aussi que les enfants des familles homoparentales ont un très fort niveau d’estime de soi et d’autonomie. Concernant la discrimination, 13% des enfants interrogés ont déjà subi des attaques verbales, ont été embêtés, ont entendu des commentaires idiots ou subi des moqueries, tandis que 17% ont déclarés n’avoir que rarement subi ce genre d’incidents, et 67% à ne jamais avoir été victimes de ces discriminations en raison de leur famille.

Lire le compte-rendu de l’étude BMJ (en anglais).

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L’accès à la PMA en France n’est pas qu’une revendication de lesbienne

Article du Monde par Laetitia Clavreul, le 6 février 2013:

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/02/06/dons-d-ovocytes-a-l-etranger-le-ministere-de-la-sante-s-inquiete-de-derives_1827870_3224.html

La procréation médicalement assistée (PMA) est décidément d’actualité. La direction générale de la santé (DGS) vient de rappeler par courrier du 21 décembre 2012 adressé à l’Ordre des médecins – et transmis le 14 janvier aux responsables départementaux – que les gynécologues risquent 75 000 euros d’amende et cinq ans de prison s’ils donnent à leurs patientes des informations sur des cliniques étrangères dont les pratiques de PMA ne sont pas conformes à la législation française. En cause, le recours par des Françaises à des dons d’ovocytes rémunérés à l’étranger et les dérives qu’elle a repérées.

La législation française est en effet plutôt restrictive en matière de don d’ovocytes, réservé aux femmes infertiles ayant moins de 43 ans. Or la France, qui interdit tout don d’ovocytes contre rémunération, souffre d’un grave problème de pénurie. L’obligation que les donneuses soient déjà mères réduit les possibilités et induit des ovocytes de moins bonne qualité du fait de leur âge plus élevé. Un article de la loi de bioéthique de 2011 levait cette barrière, en permettant le don par des femmes pas encore mères, mais le décret n’a pas été publié. Ce contexte explique que de plus en plus de couples hétérosexuels se tournent vers les pays européens qui organisent le don d’ovocytes contre rémunération.

Dans sa lettre, la DGS s’alarme d’un démarchage « de plus en plus offensif » des établissements étrangers. Sans le dire, elle estime qu’un tel contexte favorise les dérives. Les autorités s’inquiètent de dérapages lourds de conséquences pour la santé des femmes et des bébés.

Le courrier a été notamment motivé par une affaire aujourd’hui entre les mains de la justice. Elle concerne une Française de 49 ans et ses jumeaux nés très prématurés pour lesquels les choses se sont mal passées. Déjà mère de cinq enfants et en situation précaire, elle avait bénéficié en 2012 d’un don d’ovocytes en Espagne. Des médecins français sont impliqués dans l’affaire – il y aurait eu des allers-retours en Espagne. La DGS n’en dit pas plus. Le cas est extrême, mais pas isolé.

« DÉMARCHAGE COMMERCIAL POUSSÉ »

C’est l’Agence de biomédecine, informée par des professionnels, qui a alerté le ministère de la santé sur le « démarchage commercial poussé » mené par des cliniques étrangères. La DGS lui a demandé de sensibiliser les médecins sur l’importance de signaler les « événements indésirables » pour qu’un état des lieux puisse être fait.

« Cela fait un petit moment qu’on se pose des questions sur des dérapages. C’est minoritaire, certes, mais oui, il se passe des choses inadmissibles », estime Louis Bujan, président de la Fédération des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain (habilités pour pratiquer les PMA), qui exerce au CHU de Toulouse. Fin janvier, une femme de 56 ans y est arrivée pour le suivi d’une grossesse gémellaire. Vu son âge, cette femme se trouvait en danger, tout comme ses bébés. Le médecin s’inquiète aussi de voir acceptées à l’étranger des demandes pour lesquelles, en France, il a été jugé qu’il y avait contre-indication médicale, par exemple après une opération de l’utérus.

Un de ses collègues a reçu un chèque d’une clinique étrangère. Un moyen d’essayer d’en faire un relais pour trouver des clientes. Le docteur Bujan, comme l’Ordre des médecins, approuve l’initiative de la DGS. « Il y a toujours de bonnes raisons d’aider une patiente, mais le jour où il y a un accident, le médecin peut avoir des ennuis… », explique le docteur François Stefani, au nom de l’Ordre.

En revanche, certains gynécologues ont pris ce rappel à l’ordre comme « une menace » et l’ont jugé « ubuesque », car les femmes arrivent en consultation avec des adresses de centres à l’étranger trouvées facilement sur Internet. « Il ne serait pas admissible de ne pas dire à une femme qu’un centre est mieux qu’un autre. Elles doivent pouvoir attendre de nous qu’on leur évite des galères », réagissait, il y a quelques jours, le docteur Bernard Séguy, stupéfait. Les centres espagnols ont meilleure réputation que les tchèques, par exemple. Il reste choqué par les révélations du Parisien du 5février, selon lesquelles des cliniques espagnoles proposent de l’argent aux médecins français. En vingt ans de pratique de médecine de la reproduction, à Niort et depuis peu à Kourou, il n’a rien vu de tel.

« HYPOCRISIE » FRANÇAISE

Sans doute les obstétriciens continueront-ils à conseiller les femmes infertiles, mais sans laisser de trace écrite. Car passée la colère, certains se disent désemparés: « On voit les couples vieillir, et quand les délais d’attente font qu’ils n’auront bientôt plus de chance de bénéficier d’une PMA en France, l’étranger est le seul moyen », explique Elisabeth Paganelli, du Syndicat des gynécologues et obstétriciens français.

Déjà en 2011, l’IGAS avait pointé une hausse des dons à l’étranger, et estimé nécessaire que la France devienne autosuffisante. Fin 2010, 345 dons étaient recensés pour l’année, et 1 285 femmes étaient en attente. Il faut souvent patienter plus de deux ans. Certains gynécologues plaident pour un dédommagement conséquent pour la donneuse d’ovocyte, comme en Espagne: le don est un acte lourd, nécessitant une forte stimulation ovarienne et une anesthésie générale.

Pour eux, « l’hypocrisie » française ne s’arrête pas là. Depuis 2009, la Sécurité sociale rembourse en partie les PMA avec don de gamètes à l’étranger, même si la question n’a pas été officiellement tranchée. Deux thèses s’affrontent : refuser le remboursement par respect pour la réglementation nationale ou l’accorder, au nom de la libre circulation des patients en Europe. En 2011, 902 PMA avec don de gamètes ont été prises en charge par l’assurance-maladie, dont 786 en Espagne, 47 en Belgique, 44 en République tchèque ou 18 en Grèce. La plupart pour des dons d’ovocyte.

Laetitia Clavreul

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Angoulème: festival de la bande dessinée égalitaire

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5 février 2013 · 21:47

Fille d’un couple de même sexe, je ne suis pas une demi-enfant

Témoignage d’une adolescente élevée dans une famille homoparentale sur le blog débat de Têtu:

http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/2013/02/05/fille-dun-couple-de-meme-sexe-je-ne-suis-pas-une-demi-enfant/

manifcivitas

Bannière brandie par les manifestants de Civitas le 18 novembre 2012 à Paris

Eileen, 16 ans, vit dans une famille homoparentale. Se sentant concernée par le débat actuel sur le mariage pour tous, elle supporte difficilement être jugée par des personnes pointant du doigt sa situation d’enfant d’homos. Très en colère par les propos tenus par les opposants au projet de loi, elle a décidé de nous faire part de son ressenti, dans un témoignage très mature.

«Le mariage pour tous et l’adoption pour les couples homosexuels, ces sujets dont tout le monde parle ces temps-ci. Tout le monde en parle, tout le monde débat, tout le monde donne son avis, vient exposer ses idées, qu’elles soient argumentées, ou non. J’en entends tellement parler, que je ne crois pas qu’il y ait un jour où je ne tombe pas sur un sujet à la télévision ou un article sur internet. Et je dois dire que cela commence à me taper sur les nerfs, que j’en ai ras le bol d’entendre des tergiversations, des faux-débats, des faux-arguments donnés par des personnes qui croient connaître le sujet, sont certains de ce qu’ils avancent et qui, parfois, ne semblent pas se rendre compte de la bêtise qui rythme leurs propos.

Je me suis beaucoup demandé s’il fallait que j’écrive quelque chose là-dessus, si je devais contribuer au débat et donner mon avis. Parce que, c’est vrai je n’ai que seize ans, après tout. Et qui écouterait, lirait ce qu’une adolescente a à dire? Mais le fait est, que je suis directement touchée par ce débat, et que celui-ci m’affecte énormément. Et à force d’en entendre parler tous les jours, de voir que ça occupe l’actualité nationale, j’ai fini par décider qu’il fallait que je fasse quelque chose, que je parle de mes sentiments à ce propos dans un texte, comme l’ont sans doute déjà fait d’autres personnes, célèbres ou non. Je n’ai pas la prétention de penser pouvoir faire changer les choses avec des mots, parce que je pense que s’il était possible de le faire, quelqu’un y serait parvenu avant moi. Je voudrais simplement faire passer un message, faire entendre la voix de ceux que l’on entend pas ou peu, et qui eux aussi ont quelque chose à dire et jouent un rôle dans cette histoire: les enfants des couples homosexuels. Ce que je suis, en quelque sorte puisque mon cas est particulier, cependant je compte aussi. Mais je ne raconterai pas ma vie, ce n’est pas mon but. Je veux seulement me faire porte-parole des oubliés de ce débat.

D’après une récente étude, nous sommes plus de 40 000 enfants en France, à vivre ou à avoir vécu et grandi dans une famille homoparentale. C’est beaucoup, n’est-ce pas? Et c’est surprenant aussi. C’est surprenant parce que personne ne mentionne jamais ces gens, personne ne se dit jamais qu’il faudrait peut-être aller voir ce qu’ils ont à dire, ce qu’ils ressentent. Mais nous sommes là! Oui, nous existons. Et nous suivons tous ces débats, nous entendons tous vos propos, toutes vos phrases souvent blessantes et totalement fausses. Mais celles-ci sont toujours dites sans homophobie, aucune. Évidemment, qui dirait le contraire? C’est sans homophobie, sans discrimination, que l’on attaque nos familles, que l’on nous attaque, nous. Que l’on remet en cause notre construction, les murs de nos vies. Mais, bien sûr, on ne doit pas les prendre comme des attaques, ce n’en sont pas, pourquoi penser cela? Vous essayez juste de démontrer que ce que vous pensez est la vérité, que vous avez raison d’énoncer votre façon de penser et d’essayer d’y faire adhérer la population. Mais, avant de parler, avant d’oser vous forger une opinion à ce sujet, vous y êtes-vous réellement intéressé? Avez-vous lu des témoignages, regardé autour de vous, discuté avec les principaux concernés? Je suppose, sans penser me tromper, que non. En même temps, qui se soucie de savoir ce que des enfants d’homos ont à dire? On préfère parler de nous, de nos familles, de nos vies, sans même nous connaître.

Vous savez ce que nous ressentons, ce que nous pensons de tout cela? Lorsque nous vous entendons, vous politiciens et psychologues, surtout psychologues, parler de nous, comme si vous étiez dans nos têtes, logiez dans nos corps, viviez ce que nous vivons, ce sont des attaques personnelles que nous ressentons. On a l’impression que vous nous connaissez, que vous savez tout de nous. Mais de quel droit? Et puis, sur quoi vous basez-vous? Des études scientifiques? Des déductions fortement liées à vos convictions? Il faut que vous sachiez, que tout ne se résume pas à la science, que tout ne tient pas du psychologique. Il y a l’amour aussi, les liens que l’on crée avec les personnes avec qui nous vivons, que ça soit depuis la naissance, ou après des événements venus bousculer notre vie. Et ceci est vrai dans plusieurs situations, pas seulement dans celle-ci. Cependant, vous êtes bien trop imbus de votre personne, certains de vos idées, pour penser, une seule seconde, vous remettre en question. Mais croyez-moi, vous devriez fortement y songer.

Vous devriez fortement y songer, car vous ne vous rendez pas compte du mal que vous pouvez faire. Vous ne vous rendez pas compte de l’impression que vous donnez aux personnes que vous attaquez, directement ou non. Parce que, même si je suppose que la plupart d’entre nous essayent de faire abstraction, de ne pas écouter et se laisser atteindre par tout cela, après l’ignorance, vient quand même la colère et l’indignation. Et ceci est exactement ce que je ressens aujourd’hui.

Au moment où j’écris, c’est la colère qui me dicte ce que je dois dire, et contrôle mes doigts qui tapent sur le clavier. C’est la colère qui tient mon esprit, empli mes pensées et me répète sans cesse que tout cela est injuste.

Lorsque nous sommes élevés dans une famille homoparentale, ce n’est pas toujours facile avec les autres, surtout quand on est enfant. Souvent, nos camarades de classe se demandent qui est la personne qui vient de temps en temps nous chercher à l’école quand ce n’est pas notre mère ou notre père. Et comme nous sommes des enfants, que l’on ne sait pas que dire la vérité peut nous mener à être malheureux, on la dit. Nos copains se posent donc des questions, questions qu’ils nous posent, posent à leurs parents et à je ne sais qui d’autre. Viennent alors les regards inquisiteurs, les moqueries, les insultes. On finit forcément par regretter d’avoir dit la vérité, victime de notre innocence. En grandissant, on apprend à se protéger et à ne plus rien dire qui puisse nous nuire. On pense aussi, on espère, que les adultes sont moins idiots, que ce genre de comportements ne sont plus dans le monde des adultes et que nous serons alors tranquilles. À entendre certains de vos propos, il semblerait que ça ne soit pas vrai et qu’au final, la bêtise continue d’opérer durant toute la vie humaine. Peut-être qu’elle empire avec l’âge, à bien y réfléchir. Comme c’est désolant.

Après les politiques et les psychologues/médecins, viennent les religieux. Excusez-moi mais, de quoi se mêlent-ils au juste? Comment osent-ils se permettre de parler de sexualité, de famille, alors que de toute façon, ils ont renoncé aux deux en entrant dans les ordres? Laissez-moi rire. Il me semble que le mariage homosexuel ne sera en aucun cas célébré à l’Eglise, mais à la mairie. Ces couples ne demandent pas le mariage religieux, mais le mariage civil. Encore une fois, il me semble que l’Église et l’État sont séparés depuis 1905. Mais apparemment l’Église essaye encore de venir mettre son grain de sel dans les affaires de société qui ne la regardent pas.

La religion ne veut pas d’homosexuels ou d’enfants d’homosexuels parmi ses fidèles? C’est plutôt paradoxale. Je pensais que l’Église prônait l’égalité, que Dieu acceptait tout le monde et pardonnait. Aurions-nous été trompés? Qu’est-ce qui dérange vraiment les religieux là-dedans? Je veux dire, en quoi est-ce que la loi autorisant le mariage et l’adoption des homosexuels va changer leur vie? Je ne comprends pas, et pourtant j’essaie. La reconnaissance religieuse grâce au mariage, n’est pas ce que cherchent ces personnes. La seule chose qu’ils veulent, c’est une reconnaissance sociale grâce au mariage civil. Ils veulent simplement pouvoir dire «nous sommes mariés», comme les couples hétérosexuels le font. Même si, lorsque l’on y pense bien, ils veulent surtout bénéficier des mêmes droits que les autres. Savoir que la personne avec qui ils partagent leur vie ne serait pas laisser sans rien si il leur arrivait quelque chose, savoir que ce qu’ils partagent avec une personne est reconnu et compte officiellement.

Ils ne veulent pas qu’on leur lance du riz à la sortie de l’Église, qu’on leur offre de la vaisselle en cadeau de mariage. Tout cela n’est qu’une demande de droits similaires à ceux des autres. Demande qui est tout à fait légitime, je crois.

Quant à leurs enfants, raison principale pour laquelle j’écris ceci, nous souhaitons simplement une reconnaissance de notre famille. Nous voulons pouvoir dire que nos parents sont mariés, avoir la certitude que notre famille existe aux yeux de la loi, et que nos deux parents ont les mêmes droits sur nous. Ce qui, à l’heure actuelle, est bien loin d’être le cas. Aujourd’hui, si dans un couple homosexuel, une des personnes à un enfant, l’autre personne ne sera pas reconnu comme responsable légal de celui-ci.

Quel enfant devrait supporter le fait de savoir que sa famille n’est pas reconnue, qu’il n’est pas officiellement l’enfant des deux personnes qui l’élèvent et le rendent heureux? La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dit que «tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits»’. Vraiment? Ce n’est pas l’impression que j’ai.

Finalement, si on creuse jusqu’au bout, on peut même apercevoir la question de dignité humaine. Dans notre société, le mariage et la reconnaissance sociale par des contrats de ce genre sont tellement importants, que je ne pense pas me fourvoyer en disant que les gens portent un regard différent sur nous en fonction de notre statut familial. Comme ils le font concernant l’argent.

On veut l’égalité pour tous, on veut que tout le monde soit logé à la même enseigne, que tout le monde ait les mêmes droits, et on pose des milliers de problèmes pour une question aussi simple que le mariage et l’adoption pour tous?

On ne doit pas tous avoir la même définition du mot «égalité». Je pense, que l’égalité, soit elle est totale, soit il n’y en a pas. Puis, il faut savoir ce que l’on veut, n’est-ce pas?

En fait, je pense que tous ces débats ne sont que panem et circences, histoire de distraire les foules. Parce que pendant que l’on parle de cela, on repousse l’échéance, puis les politiques ont le temps de concocter de bons petits coups foireux. Et un jour on apprendra que le projet de loi à été abandonné, pour une raison ou pour une autre, valable ou non, acceptée par la population, ou non. C’est tellement simple de faire cela, de profiter de son pouvoir et de croire que celui-ci nous permet de décider qui est assez humain pour avoir des droits, et qui ne l’est pas.

Finalement, je pense que tout ceci n’a pas de sens, qu’il n’y a pas de questions à se poser. Je connais des enfants de couples homosexuels, j’en suis une moi-même, et je connais aussi des homosexuels, et ils sont tout à fait normaux, il n’y a pas de différence avec les autres. La seule différence qu’il y ait, c’est vous qui la créez. Avec vos débats inutiles, vos questions ridicules, vos préjugés dépassés, vous faites sentir aux gens qu’ils sont différents et qu’ils ne sont pas assez humains pour pouvoir accéder aux mêmes droits que les autres. Et ce n’est pas acceptable.

Je ne pense pas que ce texte bien insignifiant fera changer quelque chose, je ne pense pas qu’il aura un quelconque poids dans les débats actuels. Cependant, je me devais de l’écrire, et le fait que des gens le lisent est bien assez valorisant pour moi. J’espère simplement que j’aurais réussi à faire changer des points de vue, ou au moins à faire réfléchir.»

Eileen

 

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Mariage pour tous et homophobie : lettre ouverte aux députés de l’UMP

Lettre ouverte de Christophe CORET, 4 février 2013:

http://romanianwayoflife.com/blog/2013/02/mariage-pour-tous-et-homophobie-lettre-ouverte-aux-deputes-de-lump/

Monsieur le député Hervé Mariton,
Monsieur le député Philippe Gosselin
Monsieur le Président du groupe UMP Christian Jacob

Je fais partie de ces citoyens français qui, né homosexuel, suit quotidiennement les travaux de l’Assemblée Nationale sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Régulièrement, vous vous emportez quand le mot « homophobie » vient vous titiller les oreilles. Peut-être est-il notre rôle de vous expliquer pourquoi nous sommes nombreux à affirmer que vos propos et votre attitude sont homophobes.

Puisque vous semblez aimer Wikipédia, je vais m’y référer. Certainement y avez déjà vous lu la définition de l’homophobie dont vous vous défendez :

«L’homophobie est l’hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences amoureuses ou sexuelles concernent des individus de même sexe. Cette hostilité relèverait de la peur, de la haine, de l’aversion ou encore de la désapprobation intellectuelle intolérante envers l’homosexualité.»

Sachez Messieurs, que je suis né d’un papa et d’une maman. Un couple hétérosexuel comme vous les aimez. Dès mon plus jeune âge, j’ai senti que je n’étais pas comme les autres, sans comprendre pourquoi. En CM2, mon institutrice l’a compris pour moi. Un jour, cette horrible femme a improvisé un cours sur Paris. Derrière elle était affichée au tableau une carte du bois de Boulogne. Devant toute la classe, elle nous a expliqué ce qu’était un pédé. Ce que ces gens faisaient dans les bois. Puis elle a fini par dire : «Voyez, c’est là-bas que Monsieur Coret vivra avec les siens.» J’avais 11 ans !

J’ai 31 ans. Voyez, si j’ai aujourd’hui la chance d’être équilibré et en accord avec ma sexualité, il m’aura fallu 20 ans pour avouer cette humiliation à mes parents. Cette blessure, c’est vous qui l’avez rouverte, soit parce que vous êtes irresponsables, soit parce que vous êtes homophobes. Au risque de provoquer un rappel au règlement et les hurlements de Monsieur Mariton, je vais tenter de vous expliquer pourquoi et vous choisirez la variante qui vous sied le mieux.

Commençons par le cas où vous seriez irresponsables (et donc pas homophobes).
Vous utilisez le débat de l’ouverture au mariage pour tous dans un but purement électoral, politique. Pour vous, c’est un jeu. Vous aviez juste besoin d’un combat pour réunir les français autour de votre mouvement, qui a tant souffert du différend Copé/Fillon. Je ne peux pas vous retirer que vous êtes des gens intelligents, que vous savez lire les sondages et manipuler les consciences. L’observation assidue des débats montre bien que vous n’avez aucun argument contre le mariage des couples de même sexe. Vous avez donc décidé de défendre la famille et les enfants, en luttant contre la PMA, la GPA et l’adoption, (les deux premières n’étant même pas dans le projet de loi). Vous n’hésitez pas à mentir pour manipuler l’opinion (disparition des termes père et mère du code civil par exemple). Vous jouissez de voir les extrémistes de tous bords rejoindre vos positions, ne condamnant pas les prières de rues de Civitas. Vous ne condamnez pas les tweets homophobes alors que vous condamnez ceux du gouvernement. Vous avez présenté des milliers d’amendements pour faire diversion, faire peur, parfois associés au Front National. Que dire de vos rappels au règlement et suspensions de séances qui n’ont pour but que d’allonger les débats, pour ensuite se plaindre que le gouvernement ne s’occupe pas des priorités. En résumé, vous êtes irresponsables car vous attisez les peurs et les haines dans un but exclusivement politique.

Le cas où vous êtes homophobes (et donc pas irresponsables).
Vous ne supportez tout simplement pas que, dans la société française, des couples homosexuels puissent vivre leur amour au grand jour. Car oui, nous demandons désormais à pouvoir nous aimer et vivre comme n’importe quel couple hétérosexuel. Vous aimiez croire que nous n’étions que des fêtards, fréquentant les blackrooms et nous exposant au jour une fois par an sur des chars, lors de la Gay Pride. Mais cette demande du mariage pour tous est NOTRE souhait. Les homosexuels sont désormais intégrés à la société française. Beaucoup vivent ensemble. Parfois depuis aussi longtemps que des couples hétérosexuels. Parfois même ils ont des enfants, ne vous en déplaise.
Dans ce paragraphe lié au cas où vous seriez homophobes, je me permets de vous rappeler les propos que Monsieur Jean-François Copé a prononcé devant l’Assemblée Nationale. Il me semble que sa légitimité n’est plus discutée au sein de votre parti. Sa voix engage donc votre mouvement : l’UMP. Et Monsieur Copé a tenu des propos suivants, habituellement retrouvés dans la bouche des responsables du front national : «Pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l’inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ?»
Que dire aussi des propos de Nicolas Dhuicq, également UMP, qui a affirmé que le manque d’autorité et de repères parentaux constituaient des terreaux favorables au terrorisme…

Vous rendez-vous seulement compte de l’impact de vos propos ? Laisser les homos se marier conduirait la civilisation à sa perte, le monde à sa destruction ? Leur laisser élever des enfants serait la garantie que ceux-ci deviennent des monstres, des terroristes ? Êtes-vous sérieux ?

J’ai souffert longtemps de mon homosexualité. Beaucoup de jeunes gays n’ont pas ma force de caractère et préfèrent en finir plutôt que d’en souffrir. J’ai souvent pensé à eux récemment, quand je vous ai entendu tenir des propos nauséabonds dans les médias, à l’Assemblée Nationale, puis quand je vous ai vu défiler fièrement dans la rue lors de votre manif pour tous. J’en ai pleuré. Et pourtant aujourd’hui je suis fort !

J’ai pleuré en pensant à ces jeunes non outés. À moi il y a 10 ans. Au malaise qu’ils ont du ressentir en vous voyant lutter contre eux. Car en vous battant contre nos droits, contre l’égalité, c’est contre nous que vous vous battez. Vous libérez la parole homophobe et c’est nous qui en souffrons.

Avec le recul, je pense que votre mouvement n’est pas homophobe, irresponsable ou opportuniste. Il est les trois. Et vous le savez. Vous surfez sur les thèmes de sociétés pour redorer l’image de votre mouvement «républicain». Les dommages collatéraux, malheureusement vous vous en moquez. Par chance, la loi sera adoptée et dans quelques années, vous reconnaîtrez vos torts.

Le seul mérite que je vous reconnais, c’est de nous avoir réveillés. Nous pensions vivre sur les acquis de ceux qui ont lutté avant nous. Nous savons désormais que toujours, nous aurons à lutter pour nos droits !

Le lundi 4 février 2013
Christophe CORET

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