« Le mariage, juste une question de droits »

Article de l’Humanité, 28 janvier 2013, par Mehdi Fikri:

http://www.humanite.fr/societe/le-mariage-juste-une-question-de-droits-513845

Entre 125 000 et 400 000 partisans du mariage pour tous ont défilé hier à Paris. Deux jours avant l’ouverture du débat parlementaire, ils ont dénoncé le climat d’homophobie ambiant et appelé à une volonté politique plus affirmée.

Delphine, quarante-deux ans, responsable de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), ne veut pas jouer à la bataille des chiffres. « Les réacs étaient 350 000, le 13 janvier ? Mais on s’en fout ! Nous, on met 500 000 personnes dans la rue à chaque Gay Pride, on défile tous les 1er décembre pour le Sidaction. La rue nous appartient ! » Hier, l’objectif était de faire mieux que les 100 000 partisans du mariage et de l’adoption pour tous, réunis le 16 décembre dernier. C’est fait. Même la police reconnaît qu’il y a eu deux fois plus de monde hier, évoquant le chiffre de 125 000 participants. Les organisateurs, eux, ont compté 400 000 manifestants à Paris.

« Pour que le gouvernement fasse plus de pédagogie »

En tête du cortège, place Denfert-Rochereau, Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, tend l’oreille vers les cris et les tambours. « D’après ce que j’entends derrière moi, je crois que c’est gagné », sourit-il. Cet ancien de l’Unef au look d’étudiant explique la stratégie du collectif qui fédère près de 60 associations : « Deux jours avant l’ouverture du débat parlementaire, nous voulons occuper l’espace public et pousser le gouvernement à faire preuve de plus de pédagogie pour faire barrage l’homophobie décomplexée. »

Nolwenn aussi est assez énervée : « J’ai le sentiment d’un immense gâchis. François Hollande a essayé de trouver un consensus autour d’une mesure qui relève de l’évidence et qui faisait partie de ses 60 propositions. Au final, le débat a surtout permis de légitimer une homophobie soft, tandis que la gauche nous sortait parfois des arguments d’une naïveté confondante. » Cette hétéro venue défiler par conviction fustige ceux qui parlent de « reconnaissance de l’amour » : « Ce n’est pas à l’État de juger ça ! Le mariage, c’est une question de droits, de succession et de filiation. »

« Je veux épouser ma fiancée et adopter ma fille »

Delphine, de l’AGPL, rappelle que « l’adoption, cela concernera surtout (nos) propres enfants » ! Elle montre sa pancarte : « Je veux épouser ma fiancée et adopter ma fille. » « Ma compagne a une fille et elle est actuellement la seule mère légale, je veux juste que mes droits soit reconnus », explique-t-elle. Pour le reste, elle ne se leurre pas : « Les autres enfants seront très rarement adoptables pour nous, vu l’état de la société. » Le collectif Oui Oui Oui, à 80 % lesbien, est une contre-attaque militante, créée dans la foulée de la première manifestation des opposants au mariage pour tous. Pancartes à la main, ils font cercle et crient : « Ça ne se discute pas, la PMA ! » La procréation médicalement assistée (PMA) est leur principal cheval de bataille. « Nous sommes très déçu qu’elle ne soit pas comprise dans cette loi et qu’elle soit repoussée au texte sur la famille du 27 mars. Pourquoi attendre ? » interroge Élisabeth. Pour cette ancienne d’Act Up, « c’est une trouillardise, une reculade du gouvernement et, surtout, c’est un acte lesbophobe, dans la mesure où la PMA concerne les femmes ».

Pierre, quarante-quatre ans, est venu avec son compagnon et sa fille. Il milite pour la gestation par autrui (GPA), qui n’est pas comprise dans la loi. Il a eu recours à une GPA aux États-Unis et son récit dissipe les clichés. « C’est très contrôlé. Pour y avoir droit, la loi américaine impose une batterie d’examens sociaux et de tests psychiatriques. Quant à la mère porteuse, elle fait aussi l’objet d’une enquête fiscale approfondie, car elle doit être dans une situation financière saine. Les femmes qui touchent des aides sociales n’y ont pas droit. La GPA doit être un don consenti. » Enfin, précise-t-il, « c’est la mère porteuse qui (nous) choisit et pas l’inverse » !

Derrière le carré de tête, les organisations de jeunesse font bloc. Il y a notamment le Mouvement d’affirmation des jeunes gays, lesbiennes, bi et trans (MAG). « La violence du débat actuel et les effets qu’il provoque dans les familles, les cercles d’amis ou les institutions sont durs à vivre pour les jeunes qui commencent à affirmer leur homosexualité », explique Florent, qui rappelle que le taux de suicide est sept fois plus élevé chez les jeunes homos que dans le reste de la population. « Sans oublier la déprime, les prises de risques et les contaminations par le sida », déplore-t-il.

« L’homophobie s’est radicalisée »

D’après SOS homophobie, les appels de détresse sont quatre fois plus nombreux en janvier 2013 qu’en janvier 2012. « Pour un jeune, c’est dur à porter de s’entendre dire de partout qu’on déstructure la société. » Clio, du Refuge, association qui recueille de jeunes homos, voit arriver tous les mois « des jeunes avec un jean, un pull et trois affaires dans un sac ». Pour elle, l’homophobie s’est radicalisée « dans les écoles ou entre collègues ».

Autre association de jeunesse, le Groupe LGBT des universités de Paris (Glup). Son ancienne présidente, Mélanie, est venue avec sa mère. « Le militantisme en milieu étudiant, c’est compliqué, raconte Mélanie. Cela peut varier d’une fac à l’autre. À Paris-VII, nous avons pu participer aux AG avant même d’être constitués en association. Par contre, à la faculté de Paris-Dauphine, on ne peut pas participer aux réunions, même avec des statuts en règle. On n’est même pas inscrits dans le guide des associations et il faut qu’on trouve des chemins détournés pour s’adresser aux étudiants, par exemple par le biais des actions de la médecine préventive. »

« On se retrouve avec ce débat qui traîne »

« Il y a tellement de retard, soupire Lise, vingt-deux ans, drapeau Front de gauche sur l’épaule. Le gouvernement aurait dû faire cette réforme au plus vite. Il n’y avait pas de questions à se poser. Au lieu de ça, on se retrouve avec ce débat qui traîne. Et qui permet au gouvernement de se cacher derrière, sans rien faire au niveau économique. »

En province aussi, on a défilé « pour l’égalité » Plusieurs milliers de manifestants, 11 000 selon la préfecture et 20 000 selon les organisateurs, ont battu le pavé dans le calme, samedi après-midi à Lyon, pour défendre « l’égalité des droits ». « C’est la plus grosse manifestation de région » en soutien au mariage pour tous, s’est félicité David Sauvestre, président de la Lesbian and Gay Pride lyonnaise, l’un des organisateurs de la marche. « Il ne faut pas laisser la rue aux homophobes ! » a-t-il martelé. Un message qui 
a mobilisé, le même jour à Montpellier, entre 2 100 (selon la préfecture) et 6 000 personnes (selon les organisateurs). Présente dans le cortège, la maire (PS) Hélène Mandroux, qui doit célébrer « entre mars et mai » le premier mariage entre deux homosexuels en France, a lancé 
aux manifestants : « Vous représentez la France qui avance ! » « Pour être bien dans sa société, 
il faut être reconnu. À travers cette loi, on réconcilie tout le monde », a ajouté l’élue socialiste.

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