Les homophobes reçus à l’Elysée: «Le perdant-perdant de François Hollande», par Judith Silberfeld

Article de Judith Silberfeld publié sur Yagg le 23 janvier 2013:

http://yagg.com/2013/01/23/le-perdant-perdant-de-francois-hollande-par-judith-silberfeld/

JS-par-SD

En recevant les opposant-e-s au projet de loi «mariage pour tous», François Hollande ne satisfera personne. Ni ses invité-e-s, ni celles et ceux qui comptaient sur lui pour leur tenir tête. Il n’y a qu’à voir la réaction de Virginie Merle-Tellenne, alias Frigide Barjot, qui à l’annonce de cette «victoire» s’est plainte de ne pas en avoir été avisée directement. Car Barjot, Mariton, Guaino, Boutin et consorts sont comme des enfants gâté-e-s: ils/elles en veulent toujours plus. Un seul exemple: ils/elles se lamentent parce qu’ils/elles ne seraient pas entendu-e-s alors qu’ils/elles occupent avec brio le terrain médiatique. Qui se souvenait de Frigide Barjot, comique à deux balles, il y a encore six mois? Qui aurait prédit, une fois la loi créant le pacs adoptée, que Christine Boutin, dont le parti compte trois membres et demi, prendrait autant de place dans l’espace politique? La faute en partie aux médias, qui, pour pimenter un peu l’affaire, ont eu besoin de trouver des contre à l’époque où l’avancée paraissait presque acquise. Ils ont engendré un monstre dont la société tout entière devra subir les incartades.

On n’entend qu’eux/elles mais ils/elles en voudraient plus. Ils/elles exigent un référendum, dont ils/elles savent pourtant qu’il n’irait pas dans leur sens. Ils/elles testent les limites du pouvoir en place, comme des enfants leurs parents. Sinon, comment comprendre qu’un député puisse aller jusqu’à déclarer que le Parlement – élu par le peuple, et dont il est membre – n’est pas légitime?

En recevant les «anti», François Hollande n’a pas l’intention de leur céder. François Hollande, père de quatre enfants, doit bien savoir qu’il faut parfois se résoudre à dire «non». Ils/elles ressortiront frustré-e-s, déçu-e-s, et sans doute encore plus remonté-e-s.

Frustration et déception, c’est aussi ce que ressentent, une nouvelle fois, les partisan-e-s de l’égalité des droits. On pensait le quota épuisé, mais non.

En recevant les «anti», François Hollande leur reconnaît une légitimité qu’il devrait, en tant qu’homme de gauche, au contraire combattre.

Claquant ce faisant une retentissante gifle au visage des homos et des bis qui s’entendent une nouvelle fois affirmer qu’il est permis de les considérer comme des sous-citoyen-ne-s. Des sous-citoyen-ne-s qui, contrairement aux «anti», l’ont, pour beaucoup, élu ou auraient été susceptibles de soutenir son parti lors de futures élections.

Certain-e-s observateurs/trices – puisqu’il y a encore des gens qui ne se croient pas concernés et se pensent donc neutres – estiment que c’est de bonne guerre: puisqu’il a reçu l’Inter-LGBT, pourquoi le Président de la République ne pourrait-il pas recevoir le camp adverse? Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que Barjot, Mariton, Guaino, Boutin et consorts se battent contre l’égalité, l’une des valeurs fondatrices et fondamentales de la République. Certes, ils/elles ont le droit d’exprimer leur désaccord, tant qu’ils/elles ne tombent pas dans l’homophobie, un défi qu’ils/elles se sont jusqu’ici montré-e-s bien incapables de relever – en toute impunité malheureusement. Ils/elles ont le droit d’exprimer leur désaccord mais rien n’oblige à les entendre. Lorsqu’un enfant fait un caprice, on est en droit de l’ignorer.

La deuxième raison, c’est que si François Hollande, dans son envie bisounoursienne de contenter tout le monde, n’avait pas dérapé sur la «liberté de conscience», il n’aurait pas eu besoin de recevoir l’Inter-LGBT.

François Hollande est victime de son propre désir, impossible, de faire plaisir à tout le monde. En évoquant une incongrue «liberté de conscience», le Président de la République s’est compliqué une tâche qui aurait dû être simple tant elle était évidente. Il ne tient qu’à lui de mettre fin à cet effet domino, en admettant qu’une action n’en entraîne pas nécessairement une autre. Sans se tromper de côté. Sans mettre sur le même plan celles et ceux qui se battent pour leurs droits et celles et ceux qui veulent les maintenir dans l’inégalité.

Photo Sébastien Dolidon

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