Appel à manifester pour l’agalité des droits le 27 janvier par Bertrand Delanoë

14 janvier 2013

http://bertranddelanoe.net/

Le progrès a besoin de nos voix pour se faire entendre

En mobilisant hier plusieurs centaines de milliers de personnes, les opposants au mariage pour tous se sont livrés à une véritable démonstration de force : la force du conservatisme capable d’agréger un large éventail de sensibilités différentes et même dissonantes pour faire obstacle au changement ; la force de la communication capable de draper de rose certaines revendications peu amènes et de grimer les livres d’heures en codes civils ; la force du préjugé enfin, capable de réduire la différence à la déviance, le désir au caprice et la demande d’une reconnaissance légale en acte de piraterie juridique.

Il ne faut certes pas craindre cette démonstration de force où ont pu s’exprimer librement un certain nombre de peurs et d’inquiétudes qui existent dans notre société et qu’il serait absurde de nier parce que nous n’en partageons ni les motifs psychiques, ni les attendus intellectuels, ni les contours affectifs. Mais nous ne devons pas, par lassitude, par tristesse ou même parfois par pudeur, laisser ravaler au rang de revendication catégorielle douteuse un progrès social souhaité par une majorité d’entre nous. Nous ne devons pas laisser s’accréditer l’idée dangereuse selon laquelle le droit et la société française sont menacés de destruction, alors qu’il s’agit pour le premier de prendre acte des évolutions de la seconde, et pour la seconde de recevoir le cadre honnête et rassurant que seul le premier peut lui accorder. Nous ne devons pas enfin laisser certains revendiquer, de bonne ou de mauvaise foi, une sorte d’exclusivité morale, sociale et politique de la famille.

Nous devons inlassablement répéter aujourd’hui « Vous n’avez pas le monopole de la famille », comme nous avons dû répéter en 1999 au moment de l’adoption du PACS « vous n’avez pas le monopole de l’amour ». Respectueusement mais fermement, il nous faut convaincre que la loi n’est pas là pour faire triompher une norme sur toutes les autres, mais pour permettre à différentes normes de cohabiter ensemble pour mieux concourir au bien commun. C’est le bien commun qui se joue en effet dans cette réforme où la reconnaissance sociale de l’amour s’étend à tous les couples, où la définition sociale de la famille s’enrichit de nouvelles formes d’alliance non moins valables et solides que celle de l’homme et de la femme, où enfin les enfants de parents du même sexe se voient offrir un cadre sécurisant pour pouvoir se construire en paix.

Ce bien commun, les conservateurs de chaque époque le conçoivent comme un patrimoine immobile à protéger du changement comme on défend un territoire face à des prédations ennemies. Les progressistes au contraire ont depuis toujours l’intuition que c’est dans le mouvement et dans le partage que les valeurs humaines fondamentales sont le mieux garanties. Nous connaissons aujourd’hui une nouvelle étape de ce dialogue. Après avoir obtenu l’accès à la contraception, puis à l’avortement, après avoir fait accepter un pacte civil de solidarité, il nous faut promouvoir cette belle idée selon laquelle un couple qui s’aime et qui désire construire ensemble une famille n’est pas un danger mais une chance pour l’ensemble de la société. Comme par le passé des théologiens se feront anthropologues, les polémistes se feront prophètes et des politiques se feront historiens… en passant bien entendu sous silence leur ralliement discret aux avancées d’hier. Face à eux, nous continuerons à dialoguer pour faire prévaloir sur les peurs le sens de cette réforme, qui doit permettre à notre république de se conformer davantage aux valeurs qui la fondent. C’est un pas de plus que nous nous apprêtons à franchir : vers la liberté – de vivre avec qui l’on aime, vers l’égalité – de toutes les familles, et vers la fraternité – dans une société qui cesse d’avoir peur de l’amour.

C’est au nom de ces valeurs, et parce que l’honneur d’une société est de conquérir son progrès, pas de le recevoir, que j’appelle les partisans de cette réforme à se mobiliser massivement au cours des prochaines semaines, avec comme point d’orgue la grande manifestation du 27 janvier, où il nous faudra donner à entendre notre désir de justice. Pour que le mariage soit ouvert à tous les couples, et pour que l’enfant puisse y trouver sa place, nous devons continuer à nous battre. Il ne s’agit pas pour la famille d’une dénaturation mais d’une nouvelle ère. Il ne s’agit pas pour certains citoyens d’avoir davantage – mais pour chaque citoyen d’être pleinement lui-même.

Ce pour quoi nous luttons aujourd’hui sera demain au patrimoine de la République.

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