Nouveau témoignage d’une homoparente

Je vis avec ma compagne depuis 13 ans, nous nous sommes pacsées en 2009 et je suis la maman biologique de jumeaux nés en 2009.

En 2001, nous décidons d’avoir un enfant. Nous avons longtemps réfléchi, pour choisir le moyen avec lequel nous serions le plus à l’aise : coparentalité, donneur connu ou anonyme, insémination artisanale (à la maison) ou à l’hôpital à l’étranger. Nous avons réfléchi près de 3 ans.

En 2004, nous avons contacté un premier hôpital en Belgique, où j’ai fait 6 inséminations avec donneur anonyme (IAD). Aucune n’a marché. J’ai perdu confiance en cet hôpital, et les médecins me proposaient de passer à une fécondation in vitro. Je n’y étais pas prête.

Nous avons donc décidé de changer d’hôpital et d’aller aux Pays-Bas. Là-bas, l’enfant (et lui seul) peut demander des informations sur son donneur à sa majorité. Pour nous qui avions longtemps hésité entre donneur connu et IAD, ça nous semblait bien de donner cette possibilité à cet enfant, que l’accès à ses origines ne soit pas totalement verrouillé.

Il a fallu 6 mois pour obtenir un premier rendez-vous, puis encore 3 mois avant la première insémination. J’ai à nouveau fait 6 inséminations sans succès, et nous avons planifié une fécondation in vitro (FIV) pour l’été 2008.

Pour la FIV, il faut prévoir quelques jours de présence sur place. Le coût d’une FIV est très élevé, et nous ne pouvions ajouter le prix d’un hôtel. Nous nous sommes donc installées au camping. A la ponction, le médecin a prélevé 8 ovocytes, 6 ont été fécondés et 5 embryons se sont développés. 2 embryons ont été réimplantés le 31 juillet 2008.

Le 13 août, pour la première fois depuis 4 ans, le taux d’hormones de grossesse n’était pas inférieur à 5. J’étais enceinte !

Le parcours fut long, nous avons connu de multiples échecs. C’est commun à de nombreux couples ayant recours à la PMA. Mais ce n’est pas ce que j’ai trouvé de plus difficile.

Ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est de me retrouver seule avec ma compagne dans ce parcours. Trouver un gynécologue acceptant de nous suivre a été un vrai parcours du combattant. Ma gynécologue habituelle a d’abord dit oui, avant de nous abandonner après la quatrième tentative. Un autre gynécologue a semblé très compréhensif et compatissant. Après le premier suivi d’échographie, il a tout fait pour ne pas me faire de feuille de remboursement. Puis devant mon insistance, il a fini par me l’envoyer, mais en notant des actes que je ne pouvais pas me faire rembourser. Lors de la première insémination avec stimulation par piqûre, j’ai utilisé des produits envoyé par une femme que je ne connaissais pas à l’autre bout de la France. J’ai fini en pleurs dans le cabinet d’un gynécologue à plus de 100 km de chez moi, qui a accepté de nous suivre pour les deux dernières inséminations et la FIV.

Le deuxième point, c’est qu’à cause de l’absence de PMA en France, nous nous retrouvons dans des situations très inconfortables. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu l’impression d’être hors la loi, juste parce que j’avais envie d’avoir un enfant comme n’importe quelle femme. Je stressais à chaque échographie ou prise de sang, chaque passage à la pharmacie. Je stressais de rater mon train et de ne pas être à l’heure à mon rendez-vous médical à 400 km de là. Je stressais de devoir expliquer mon absence au travail au dernier moment, sans avoir de réel justificatif.

Nous avons fait toutes les dernières piqûres pour la FIV sous une tente dans un camping, après qu’un infirmier généreux m’a montré comment me faire des injections. Je ne pense pas que ce soient les meilleures conditions…

Enfin, ce qui est difficile pour nous actuellement, c’est que mon amie n’est pas reconnue comme mère des deux enfants qu’elle élève depuis presque 4 ans. Pour chaque situation, nous dépendons totalement de la bonne volonté, de l’ouverture d’esprit des gens que nous rencontrons. Nous avons été reconnues comme deux mamans à la maternité, à la crèche, nous le sommes à l’école, mais que se passera-t-il le jour où nous serons confrontées à quelqu’un qui appliquera juste les règles à la lettre. Mon amie pourra-t-elle accompagner ses enfants à l’hôpital ? S’il m’arrive quelque chose (hospitalisation ou décès), pourront-ils rester avec mon amie, leur deuxième parent ou seront-ils confiés à une personne extérieure ? Cela dépendra-t-il d’un juge ? Si un jour nous nous séparons, ses liens avec ses enfants dépendront entièrement de moi. Elle n’a aucun droit. Je n’ai aucune intention de la séparer de ses enfants, mais comment savoir comment je pourrais réagir à ce moment-là ?

Ce problème était théorique quand nous réfléchissions au fait d’avoir un enfant. Maintenant c’est une réalité, une angoisse sourde dans notre quotidien. C’est une des raisons qui fait que mon amie refuse une autre grossesse.

Je ne sais pas si nous marierons si le mariage pour tous est adopté.

Ce que je sais, c’est que ma compagne est aussi impliquée que moi au quotidien dans l’éducation de ces deux petits blonds. Et autant pour elle que pour les enfants, il serait juste qu’elle ait les mêmes droits et les mêmes devoirs que moi.

Anne

L’association des Enfants d’Arc en Ciel attend vos témoignages: homoparents, futurs homoparents, proches de familles homoparentales, sympathisants…

http://lesenfantsarcenciel.wordpress.com

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