« Prof du privé et homo, la lettre de l’enseignement catholique m’a beaucoup blessé »

Article du 8 janvier 2013 du blog Mammouth mon amour

http://blogs.lexpress.fr/mammouth-mon-amour/2013/01/08/prof-du-prive-et-homo-la-lettre-de-lenseignement-catholique-ma-beaucoup-blesse/

Pour la première fois depuis des années, la tension est palpable entre l’enseignement catholique et la rue de Grenelle. Quelle mouche a donc piqué Eric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique, en adressant sa lettre aux 8 300 chefs des établissements catholiques pour les inviter à  proposer un débat sur le mariage pour tous dans leurs classes ? Depuis des années, l’institution se contente de mettre en avant ses difficultés à joindre les deux bouts, son manque de postes et son obligation de limiter ses places (en 2011, on estimait qu’entre 30 à 40 000 familles avaient vu leurs demandes d’inscriptions refusées). « Depuis les années 1990, seuls 10 à 15 % des parents viennent chez nous pour la dimension religieuse », nous confiait même Eric de Labarre en novembre 2007, dans un article sur le match public/privé. Pour preuve, cela fait longtemps qu’il n’est même plus obligatoire de présenter un certificat de baptême pour inscrire son enfant dans le privé…

Visiblement, les temps ont changé. A quelques jours de la prochaine manifestation contre le mariage gay, les esprits s’échauffent. Chez les enseignants du privé aussi, le débat pose question. Il serait réducteur de penser que l’avis d’Eric de Labarre est unaniment partagé. Le principal syndicat du privé est même contre. Dans les salles de profs du privé, la question n’est pas tranchée.

Voici  le témoignage d’Arnaud, homosexuel et professeur des écoles dans une grande ville. Il raconte comment il a ressenti la lettre envoyée par Eric de Labarre.

Mes collègues ne savent pas que je suis gay. Je ne le cache pas, mais je ne provoque pas le débat non plus. C’est toujours difficile pour moi d’en parler. Ma collègue de la classe voisine le sait, elle, parce qu’elle fait le même niveau que moi et que nous avons participé à des actions pédagogiques communes : quand on devient proches professionnellement, c’est plus facile de dériver sur des conversations personnelles. Mais ce n’est jamais évident ni simple pour moi de le dire. J’ai même parfois tendance à limiter volontairement les relations à quelque chose de strictement pro, pour ne pas avoir à parler de ma vie privée.

Dans les moments de convivialité, des pots avec les parents d’élèves par exemple, il y a toujours un léger malaise de ma part. On me pose toujours la question : « Vous êtes marié ? » [Note de Mammouth mon amour : Comme je comprends ces mères d’élèves ! Je me permets de signaler qu’Arnaud est un très bel homme. Too bad… ] Dans ces cas, c’est embarrassant, je réponds un peu à côté… Il m’arrive d’anticiper ce que je dirais et ferais si j’étais amené à devoir répondre à une question frontale ou à quelqu’un qui insisterait. Et quand je me lance, je prépare toujours la manière dont je vais le faire. Par exemple, j’ai déjà glissé dans la conversation que « mon copain ne [savait] pas bricoler », pour le dire sans le dire.

 

Lorsque j’ai effectué ma formation au CFP (Centre formation pédagogique, pour les enseignants du privé), il y avait très peu d’hommes, et parmi eux, aucun homo. Pour les femmes, je ne sais pas. Un jour, j’ai effectué un stage dans une école, il y avait un mec qui parlait de son copain très simplement, très librement, cela ne posait visiblement aucun problème à personne. D’ailleurs, à chaque fois que j’en ai parlé, cela s’est passé sans aucune difficulté – à part mes tensions personnelles.

Je me pose beaucoup de questions très intimes pour savoir si je dois en parler aux autres : ça, c’est ma problématique personnelle, qui à à voir avec la manière dont j’assume mon homosexualité. Je pense que je si je réagis comme cela, ce n’est pas seulement parce que je travaille dans l’enseignement catholique: c’est parce que je travaille dans l’enseignement, d’abord, et qu’il est catholique ensuite. C’est un questionnement évidemment très personnel, mais j’ai peur que si l’on sait que je suis gay, cela atteigne ma crédibilité dans la fonction. J’ai peur que la communauté éducative, les parents, les profs, les enfants, me voient différemment. Qu’ils se demandent si un éducateur homosexuel, c’est une bonne chose… Je sais que c’est absurde, mais c’est comme ça. Parce qu’en fait, j’ai peur qu’ils ne trouvent une réponse à cette question.

Parmi mes collègues, seule une petite minorité est vraiment catho et très engagée, ce sont ceux qui s’occupent de la pastorale. Tous les autres ne sont pas concernés par la question religieuse, ils sont arrivés dans le privé par hasard, parce qu’il y avait de la place ou parce que les élèves étaient plus faciles. Ce sont les circonstances qui les ont conduit là, pas les convictions. Les profils sont en outre très variés.

Je ne pense pas que ma directrice organisera des débats pour « prendre part, en conscience et avec clairvoyance, au débat qui doit enfin s’ouvrir », pour reprendre les termes d’Eric de Labarre. Je ne pense pas que ce soit son genre et en plus, nous ne sommes qu’au primaire ! Je suis sûr qu’elle ne fera rien, sauf si elle a une forte pression des parents, mais cela m’étonnerait. Si elle fait, je sais qu’elle n’animera pas le débat pour pousser à la lutte contre le mariage gay. Moi en tout cas, je refuserai catégoriquement de communiquer quoi que ce soit sur ce sujet.

Cette lettre m’a beaucoup blessé. De façon primaire, immédiate, je l’ai vécue comme une attaque homophobe. J’étais furieux, choqué, je me suis dit que je n’avais rien à faire là. Depuis 7 ou 8 ans, je trouve que le discours de l’enseignement catholique se durcit. Il y a comme un désir de renforcer l’identité catholique. Comme une volonté de sortir de la timidité vis-à-vis de la religion. Je pense que ma place n’est plus ici.

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2 Commentaires

Classé dans Actualités

2 réponses à “« Prof du privé et homo, la lettre de l’enseignement catholique m’a beaucoup blessé »

  1. Annie Henrio

    tu n’est pas le seul enseignant catholique homo; il y a aussi des chefs d’établissements catho qui le sont; la hiérarchie le sait. Comme souvent, il y aurait une bonne dose d’hypocrisie dans cette intervention de Mr. de Labarre

  2. Annie Henrio

    tu n’es pas le seul enseignant catholique homo; il y a aussi des chefs d’établissements catho qui le sont; la hiérarchie le sait. Comme souvent, il y aurait une bonne dose d’hypocrisie dans cette intervention de Mr. de Labarre

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