Archives mensuelles : janvier 2013

Construction de l’enfant en famille homoparentale: l’avis des psychanalystes

Article du blog débat de Têtu, le 31 janvier 2013:

http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/2013/01/31/construction-de-lenfant-en-famille-homoparentale-lavis-des-psychanalystes/

 Élodie Dussac et Laurie Carle sont deux étudiantes en Master psychologie qui ont effectué leurs recherches sur le sujets de l’homoparentalité. Estimant que les professionnels du secteurs ne sont pas assez sollicités, elles souhaitent aujourd’hui donner leur avis et ont écrit un essai, appuyé de références scientifiques et psychanalytiques dans le but de proposer des pistes de réflexions objectives.

Pour commencer, une pincée d’anthropologie…
Quand on entend dire que le mariage est une «donnée naturelle» (Vergely, philosophe et ethnologue), nous nous demandons sur quoi repose cette affirmation. Peut être pourrions nous émettre un petit bémol quant à cette idée. Le mariage, en tant que concept est universel, mais les modalités de ce dernier varient en fonction des époques, des contextes historiques et culturels (Lévi-Strauss). Dans certaines sociétés Africaines par exemple, comme les Nuer, les femmes stériles peuvent épouser une autre femme, qui elle peut avoir un enfant d’un domestique qui sera par la suite considéré comme descendant des deux épouses. Le mariage semble donc être davantage une construction qui permet la reconnaissance sociale d’une union. Dans son œuvre Les unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale, John Boswell livre un passionnant travail de recherche destiné à la reconnaissance officielle des unions du même sexe. Il a pu démontrer que dans l’antiquité et au début du Moyen-Âge, deux modèles comparables d’unions permanentes et exclusives étaient reconnus : le mariage hétérosexuel, pour la famille et pour la patrie, et l’union homosexuelle fondée sur la réciprocité des sentiments (Claudine Leduc 1998). Comme quoi, c’est possible…

Selon Vergely, le mariage assure la protection de la procréation. Il se réduit donc à donner la vie à partir d’un homme et d’une femme. Mais finalement, se marier, n’est-ce que procréer ? Ne pourrait-il pas aussi être la reconnaissance concrète d’un amour partagé ? En ce sens, Françoise Héritier (anthropologue), explique qu’en effet, dans la majorité des cas, les conjoints deviennent parents, mais le mariage permet aussi un épanouissement à deux n’ayant pas forcément pour but de fonder une famille. D’ailleurs, c’est de plus en plus cet aspect qui est au premier plan aujourd’hui, les personnes qui se marient ne le font pas forcément en vue de procréer mais pour «célébrer» leur amour. Dans cette optique, le mariage devrait être un droit pour tous. Les couples qu’ils soient hétéro ou homo unissent avant tout deux êtres humains.

Poursuivons avec une once de psychanalyse…
Mais avant toute «psychanalysation», il est primordial de rappeler que l’orientation sexuelle pour un homme ou une femme n’est en aucun cas pathologique dans la mesure ou celle-ci ne porte pas atteinte à autrui. Ce qui peut l’être, en revanche, c’est la manière dont l’individu vit et éprouve sa sexualité. Cette dernière étant souvent corrélée avec la société dans laquelle il évolue, au travers du fait d’être jugé, rejeté ou au contraire adulé.

L’homophobie qui éclate actuellement nous a fatalement renvoyées au texte de Freud notamment, sur la notion d’inquiétante étrangeté, et le lien qui peut être fait quant au racisme. C’est cette «particularité de l’effrayant, qui remonte au depuis longtemps connu, depuis longtemps familier». Elle concerne cette part de nous même qui devrait rester dans l’ombre, cachée mais qui ressurgit comme par effraction. Ce qui fait peur dans le «mariage gay» finalement, c’est à la fois l’inconnu et le profondément familier. En d’autres termes, chacun projette sur l’autre ce qu’il ne veut pas voir de lui-même ou ce qu’il perçoit comme dangereux ou déplaisant en lui-même (Kristeva).

Cette idée fait émerger la question de la bisexualité psychique qui réside en chacun d’entre nous, question d’ailleurs qui a été très largement travaillée par de nombreux psychanalystes, psychologues et autres chercheurs. L’éducation réside donc en un apprentissage social de rôles sexués. Mais au-delà de ce dernier, nous gardons une part de féminité et de masculinité en chacun d’entre nous. Cette notion de bisexualité psychique nous permet d’aborder la question de l’adoption…

Ces dernières semaines particulièrement, on a beaucoup entendu «Un enfant a besoin d’un père et d’une mère». Cela semble d’ailleurs être l’argument d’autorité que posent les opposants au projet de loi. Ce slogan, de nouveau, est tout à fait culturel. Effectivement, pour procréer, il faut un homme et une femme, mais pour élever un enfant? La compréhension que nous avons d’une partie de la théorie psychanalytique, en tant qu’étudiantes en psychologie, nous amène à dire que l’enfant n’a pas besoin d’un père et d’une mère mais plutôt d’imagos parentales. Ce concept s’inscrit dans une dimension symbolique. Dans Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis, l’imago est défini comme étant «une représentation inconsciente» qui permet à l’enfant d’appréhender autrui. Il s’élabore dans les relations précoces entre l’enfant et son entourage. Il ne s’agit pas «d’un reflet du réel, même plus ou moins déformé» mais d’un schéma imaginaire que l’enfant construit. Finalement, ce dernier s’imprègne du «maternel» tant en sa mère qu’en son père. Et inversement, la figure d’autorité ne revient pas qu’au père. Ainsi, l’enfant peut tout à fait se construire en s’étayant sur deux papas ou deux mamans.

En ce sens, M. Douville explique très justement dans le magazine Psychologies du mois de janvier 2013, que «sur le terrain comme dans les études, nous avons pu observer que les parents homosexuels ne “fabriquent” pas plus d’homosexuels ni de psychoses que les parents hétérosexuels». Si l’on veut parler en termes d’équilibre et de continuité qui sont primordiaux dans l’établissement des liens précoces avec l’enfant, on pourrait se poser la question de savoir si justement un enfant ne serait-il pas plus épanoui affectivement et intellectuellement dans un milieu homosexuel sain que dans un milieu hétérosexuel négligeant. Nous prenons volontairement cet exemple extrême dans le but d’expliquer que ce qui importe dans l’accompagnement du développement d’un enfant, c’est surtout la relation triangulaire qui va pouvoir être mise en place avec ses deux parents, quel que soit leur sexe.

Le débat est loin d’être fermé, mais au plus profond de nous même, nous sommes choquées de voir qu’en 2013, il existe encore des individus qui se battent pour que d’autres n’aient pas accès aux droits fondamentaux dont eux-mêmes bénéficient. Nous espérons surtout que les enfants de ces individus en question, seront suffisamment armés pour se construire et vivre sereinement s’il s’avère qu’un jour ils se rendent compte que leur cœur balance plutôt pour un alter-ego de même sexe. Pour ces personnes concernées, sachez, avec humour et empathie que des psychologues seront toujours là pour vous écouter… À bons entendeurs!

Dussac Elodie et Carle Laurie, deux hétéros-psycho-solidaires

– – –

Bibliographie pour aller plus loin :

J. Boswell, 1996, Les unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale Fayard

Lévi-Strauss, 1949, Les structures élémentaires de la parenté., Paris, PUF

F. Héritier, 2009, Une pensée en mouvement, Odile Jacod

F. Héritier, « Quel sens donner aux notions de couple et de mariage ? » ,Informations sociales 2/2005 (n°122), p6-15

S. Freud, 1919, l’inquiétante étrangeté et autres essais, Folio Poche

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VIDÉO. Copé accuse Taubira d’avoir caché sa « circulaire GPA »… déjà présentée à 38 députés UMP

Article de l’Huffington Post par Nabil Touati, le 31 janvier 2013:

http://www.huffingtonpost.fr/2013/01/17/video-circulaire-gpa-meres-porteuses-taubira-cope_n_2587137.html

POLITIQUE – Fausse surprise. La « circulaire GPA » de Christiane Taubira est connue depuis deux semaines au moins. Pourtant Jean-François Copé a accusé la ministre de la Justice d’avoir caché ses intentions. « Une circulaire prise en catimini » dénoncée par le président de l’UMP lors des questions d’actualité au gouvernement ce mercredi 30 janvier. Or Christiane Taubira a bel et bien présenté cette circulaire devant la Commission des lois de l’Assemblée le 16 janvier. Une information qui n’a pas pu échapper à l’UMP : le procès-verbal de la Commission recense en effet 38 députés de ce parti présents ce jour-là.

« J’ai fait préparer une circulaire qui est déjà prête. Elle doit être adressée de façon imminente aux tribunaux d’instance » a déclaré la ministre devant la Commission des lois. Notre rendez-vous vidéo matinal, Ce qu’il ne fallait pas rater, a retrouvé les images de cette annonce. On y voit même Christiane Taubira, projet de circulaire à la main, se justifier devant les députés… qui n’ont alors pas protesté:

[Lien de la vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xx5kay_gpa-la-circulaire-secrete-de-taubira-deja-connue_news ]

Voici les noms des parlementaires UMP qui pourraient confirmer à Jean-François Copé l’annonce faite par la garde des Sceaux de l’imminence de sa circulaire :

Hervé Mariton, Patrick Devedjian, Éric Ciotti, Nathalie Kosciusko-Morizet, Dominique Bussereau, Bernard Gérard, Georges Fenech, Sébastien Huyghe,Guy Geoffroy, Jean-Pierre Decool, Patrick Ollier, Philippe Goujon, Jean-Frédéric Poisson, Xavier Breton, Philippe Gosselin, Marie-Jo Zimmermann, François Vannson, Françoise Guégot, Philippe Houillon, Pierre Morel-A-L’Huissier, Didier Quentin, Jean-Luc Warsmann, Guillaume Chevrollier, Guillaume Larrivé, Marianne Dubois, Daniel Fasquelle, Anne Grommerch, Jacques Lamblin, Philippe Le Ray, Céleste Lett, Gilles Lurton, Laurent Marcangeli, François de Mazières, Edouard Philippe, Michel Piron, Lionel Tardy, Michel Terrot et Philippe Vitel.

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Mariage gay : Wauquiez trahi par Wauquiez

Article de Rue89, par Mathieu Deslandes, le 30 janvier 2013:

Laurent Wauquiez dans l’émission « C Politique », France 5, le 13 janvier 2013 (IBO/SIPA)

Ce mercredi après-midi, à l’Assemblée nationale, l’UMP Laurent Wauquiez a longuement défendu une motion référendaire (rejetée par 298 voix contre 184).

Alors que la gauche et le gouvernement répètent depuis le début des débats sur le « mariage pour tous » qu’il est impossible d’organiser un référendum sur les questions de société, Laurent Wauquiez a défendu une interprétation contraire de l’article 11 de la Constitution.

Au moment de lui répondre, le socialiste Jean-Jacques Urvoas s’est fait un petit plaisir : exhumer un manuel de droit cosigné par le même Wauquiez (« Les 101 mots de la démocratie française », publié chez Odile Jacob en 2002) où l’on peut lire que non, décidément, les « problèmes de société » ne peuvent pas être soumis au référendum.

Capture d’écran de « Les 101 mots de la démocratie française », de Raphaël Hadas-Lebel et Laurent Wauquiez-Motte, éd. Odile Jacob, 2002 (Books.google.fr)

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Mariage pour tous : best-of des amendements les plus absurdes

Article de France tv info par Vincent Daniel, le 29 janvier 2013:

http://blog.francetvinfo.fr/mariage-adoption-gay/2013/01/29/mariage-pour-tous-best-of-des-amendements-les-plus-absurdes.html

L’opposition a promis une « guérilla parlementaire« . L’examen du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels commence mardi 29 janvier à l’Assemblée nationale. Un marathon qui doit durer deux semaines, sept jours sur sept et quasiment 24 heures sur 24. Pour retarder l’adoption du texte et tenter de le vider de son contenu, l’opposition a notamment recours aux amendements (il y a aussi la technique des discours interminables). Une pratique aussi vieille que le Parlement.

Sur le projet du mariage pour tous, pas moins de 5 362 amendements au projet de loi ont été déposés (tous ne sont recevables), dont 96% émanent de l’UMP, selon le calcul du Monde.fr. On reste très loin du record historique en la matière. En 2006 lors de la fusion GDF-Suez, qui marque la privatisation du groupe énergétique public, l’opposition de gauche avait déposé 137 665 amendements… ! Toutefois, pour cette bataille du mariage, certains députés ont fait preuve d’une imagination sans limite, dépassant parfois les limites du bon goût. Voici une sélection des amendements les plus improbables.

1La suppression pure et simple du mariage

Autant y aller franco : supprimons le mariage civil. Cet amendement est signé Jacques Bompard, député-maire d’Orange, ex-FN, fondateur de la Ligue du Sud. Sur cet texte, il surpasse clairement ses collègues en matière d’obstruction et d’humour noir, comme nous allons le voir. L’amendement 5194 qu’il propose prévoit d’abroger la partie du Code civil qui concerne le mariage. « Le mariage est une affaire privée qui ne concerne pas l’Etat« , écrit le député pour justifier cet amendement.

2Autoriser le mariage polygame, pédophile, incestueux

Là encore, ce sont des amendements de Jacques Bompard, très consciencieux en matière d’obstruction. Pourquoi légaliser la polygamie ? Le député d’Orange argumente : « Le gouvernement justifie l’élargissement du mariage aux couples de même sexe par l’existence de couples homosexuels et par l’amour que peuvent se porter ces personnes. Or, s’il poursuivait son raisonnement, le gouvernement devrait donc étendre à toutes formes de couples et à toutes formes d’amour la possibilité de contracter mariage« . Et Jacques Bompard s’est documenté sur la question puisque son amendement (4661) prend l’exemple de « revues spécialisées » qui réclament la reconnaissance d’unions à plusieurs.

Bompard, qui a le goût de la provocation, se fait le héraut du mariage pour (vraiment) tous en autorisant aussi l’inceste et la pédophilie. « Pour supprimer toute forme de discrimination« , écrit le député via plusieurs amendements (4662, 4667, 4668), « il conviendrait de l’étendre à toutes les formes de famille, sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle, d’origine, de nombre, d’âge ou de lien de parenté« . Finies donc les restrictions faites au mariage, un oncle pourrait épouser sa nièce, une tante son neveu… Et le député souhaite également abroger l’article qui fixe à 18 ans l’âge minimum pour se marier, légalisant ainsi le mariage avec des mineurs.

3Donner le prénom de l’officier d’état civil à l’enfant

Encore un amendement de Jacques Bompard. Il prévoit (4672) que les enfants adoptés prendront « automatiquement comme premier prénom le premier prénom de l’officier de l’état civil qui reçoit la déclaration« . Pourquoi imposer le prénom aux parents ? Pour « reconnaître le mérite des officiers d’état civil« .

4Introduire une clause de conscience pour les maires en s’appuyant sur l’outre-mer

Bernard Debré, député UMP de Paris, estime qu’un « officier de l’état civil peut refuser de célébrer un mariage« , auquel cas, « le représentant de l’État dans le département en désigne alors un d’office« . Cet amendement (4086) qui permettrait aux maires de refuser de célébrer des unions entre homosexuels. Pour Bernard Debré, aucun risque de discrimination « dans la mesure où le maire n’aura pas à motiver la raison du refus« . Le député UMP appuie son raisonnement sur les témoignages d’élus d’outre-mer : « les débats en commission ont pu montrer que certains maires, notamment outre-mer, préféreront encourir la suspension, voire la radiation et les sanctions pénales, plutôt que de devoir célébrer des mariages de couples de même sexe. »

5Le même amendement au mot près multiplié par deux, trois…

Pour multiplier l’obstruction parlementaire, certains députés présentent le même amendement au mot près. L’UMP a rédigé un amendement visant à empêcher les « flux [d’homosexuels] étrangers » de déferler sur la France. L’opposition souhaite voir retirer une disposition prévue par le gouvernement : l’autorisation du mariage entre homosexuels bi-nationaux dès lors que l’un des deux mariés est originaire d’un pays autorisant le mariage pour les couples de même sexe. Le même amendement présenté dans les mêmes termes, à la virgule près ainsi était déposé quatre fois par les députés UMP Josette Pons (653), Henri Guaino (4458), Jacques Myard (3209) et Luc Chatel (1549).

Citons aussi les amendements 3157 et 3206, l’un présenté par Laurent Wauquiez, l’autre par Jacques Myard. Tous les deux visent à supprimer l’article ouvrant le mariage aux couples homos. Les deux amendements sont absolument identiques… à deux majuscules près.

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Photos de la manifestation parisienne pour l’égalité des droits le 27 janvier 2013

Cliquez sur ces photos sublimes pour les voir en plus grand:

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« Le mariage, juste une question de droits »

Article de l’Humanité, 28 janvier 2013, par Mehdi Fikri:

http://www.humanite.fr/societe/le-mariage-juste-une-question-de-droits-513845

Entre 125 000 et 400 000 partisans du mariage pour tous ont défilé hier à Paris. Deux jours avant l’ouverture du débat parlementaire, ils ont dénoncé le climat d’homophobie ambiant et appelé à une volonté politique plus affirmée.

Delphine, quarante-deux ans, responsable de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), ne veut pas jouer à la bataille des chiffres. « Les réacs étaient 350 000, le 13 janvier ? Mais on s’en fout ! Nous, on met 500 000 personnes dans la rue à chaque Gay Pride, on défile tous les 1er décembre pour le Sidaction. La rue nous appartient ! » Hier, l’objectif était de faire mieux que les 100 000 partisans du mariage et de l’adoption pour tous, réunis le 16 décembre dernier. C’est fait. Même la police reconnaît qu’il y a eu deux fois plus de monde hier, évoquant le chiffre de 125 000 participants. Les organisateurs, eux, ont compté 400 000 manifestants à Paris.

« Pour que le gouvernement fasse plus de pédagogie »

En tête du cortège, place Denfert-Rochereau, Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, tend l’oreille vers les cris et les tambours. « D’après ce que j’entends derrière moi, je crois que c’est gagné », sourit-il. Cet ancien de l’Unef au look d’étudiant explique la stratégie du collectif qui fédère près de 60 associations : « Deux jours avant l’ouverture du débat parlementaire, nous voulons occuper l’espace public et pousser le gouvernement à faire preuve de plus de pédagogie pour faire barrage l’homophobie décomplexée. »

Nolwenn aussi est assez énervée : « J’ai le sentiment d’un immense gâchis. François Hollande a essayé de trouver un consensus autour d’une mesure qui relève de l’évidence et qui faisait partie de ses 60 propositions. Au final, le débat a surtout permis de légitimer une homophobie soft, tandis que la gauche nous sortait parfois des arguments d’une naïveté confondante. » Cette hétéro venue défiler par conviction fustige ceux qui parlent de « reconnaissance de l’amour » : « Ce n’est pas à l’État de juger ça ! Le mariage, c’est une question de droits, de succession et de filiation. »

« Je veux épouser ma fiancée et adopter ma fille »

Delphine, de l’AGPL, rappelle que « l’adoption, cela concernera surtout (nos) propres enfants » ! Elle montre sa pancarte : « Je veux épouser ma fiancée et adopter ma fille. » « Ma compagne a une fille et elle est actuellement la seule mère légale, je veux juste que mes droits soit reconnus », explique-t-elle. Pour le reste, elle ne se leurre pas : « Les autres enfants seront très rarement adoptables pour nous, vu l’état de la société. » Le collectif Oui Oui Oui, à 80 % lesbien, est une contre-attaque militante, créée dans la foulée de la première manifestation des opposants au mariage pour tous. Pancartes à la main, ils font cercle et crient : « Ça ne se discute pas, la PMA ! » La procréation médicalement assistée (PMA) est leur principal cheval de bataille. « Nous sommes très déçu qu’elle ne soit pas comprise dans cette loi et qu’elle soit repoussée au texte sur la famille du 27 mars. Pourquoi attendre ? » interroge Élisabeth. Pour cette ancienne d’Act Up, « c’est une trouillardise, une reculade du gouvernement et, surtout, c’est un acte lesbophobe, dans la mesure où la PMA concerne les femmes ».

Pierre, quarante-quatre ans, est venu avec son compagnon et sa fille. Il milite pour la gestation par autrui (GPA), qui n’est pas comprise dans la loi. Il a eu recours à une GPA aux États-Unis et son récit dissipe les clichés. « C’est très contrôlé. Pour y avoir droit, la loi américaine impose une batterie d’examens sociaux et de tests psychiatriques. Quant à la mère porteuse, elle fait aussi l’objet d’une enquête fiscale approfondie, car elle doit être dans une situation financière saine. Les femmes qui touchent des aides sociales n’y ont pas droit. La GPA doit être un don consenti. » Enfin, précise-t-il, « c’est la mère porteuse qui (nous) choisit et pas l’inverse » !

Derrière le carré de tête, les organisations de jeunesse font bloc. Il y a notamment le Mouvement d’affirmation des jeunes gays, lesbiennes, bi et trans (MAG). « La violence du débat actuel et les effets qu’il provoque dans les familles, les cercles d’amis ou les institutions sont durs à vivre pour les jeunes qui commencent à affirmer leur homosexualité », explique Florent, qui rappelle que le taux de suicide est sept fois plus élevé chez les jeunes homos que dans le reste de la population. « Sans oublier la déprime, les prises de risques et les contaminations par le sida », déplore-t-il.

« L’homophobie s’est radicalisée »

D’après SOS homophobie, les appels de détresse sont quatre fois plus nombreux en janvier 2013 qu’en janvier 2012. « Pour un jeune, c’est dur à porter de s’entendre dire de partout qu’on déstructure la société. » Clio, du Refuge, association qui recueille de jeunes homos, voit arriver tous les mois « des jeunes avec un jean, un pull et trois affaires dans un sac ». Pour elle, l’homophobie s’est radicalisée « dans les écoles ou entre collègues ».

Autre association de jeunesse, le Groupe LGBT des universités de Paris (Glup). Son ancienne présidente, Mélanie, est venue avec sa mère. « Le militantisme en milieu étudiant, c’est compliqué, raconte Mélanie. Cela peut varier d’une fac à l’autre. À Paris-VII, nous avons pu participer aux AG avant même d’être constitués en association. Par contre, à la faculté de Paris-Dauphine, on ne peut pas participer aux réunions, même avec des statuts en règle. On n’est même pas inscrits dans le guide des associations et il faut qu’on trouve des chemins détournés pour s’adresser aux étudiants, par exemple par le biais des actions de la médecine préventive. »

« On se retrouve avec ce débat qui traîne »

« Il y a tellement de retard, soupire Lise, vingt-deux ans, drapeau Front de gauche sur l’épaule. Le gouvernement aurait dû faire cette réforme au plus vite. Il n’y avait pas de questions à se poser. Au lieu de ça, on se retrouve avec ce débat qui traîne. Et qui permet au gouvernement de se cacher derrière, sans rien faire au niveau économique. »

En province aussi, on a défilé « pour l’égalité » Plusieurs milliers de manifestants, 11 000 selon la préfecture et 20 000 selon les organisateurs, ont battu le pavé dans le calme, samedi après-midi à Lyon, pour défendre « l’égalité des droits ». « C’est la plus grosse manifestation de région » en soutien au mariage pour tous, s’est félicité David Sauvestre, président de la Lesbian and Gay Pride lyonnaise, l’un des organisateurs de la marche. « Il ne faut pas laisser la rue aux homophobes ! » a-t-il martelé. Un message qui 
a mobilisé, le même jour à Montpellier, entre 2 100 (selon la préfecture) et 6 000 personnes (selon les organisateurs). Présente dans le cortège, la maire (PS) Hélène Mandroux, qui doit célébrer « entre mars et mai » le premier mariage entre deux homosexuels en France, a lancé 
aux manifestants : « Vous représentez la France qui avance ! » « Pour être bien dans sa société, 
il faut être reconnu. À travers cette loi, on réconcilie tout le monde », a ajouté l’élue socialiste.

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« Le modèle “père, mère, enfant” est bien une construction culturelle »

Article de l’Humanité, 28 janvier 2013, entretien réalisé par Maud Dugrand:

http://www.humanite.fr/societe/le-modele-pere-mere-enfant-est-bien-une-constructi-513851

mariagepma

Alors que les discussions autour du projet de loi sur le mariage pour tous débutent ce mardi à l’Assemblée nationale, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, affirme qu’au-delà du mariage, c’est l’ensemble des questions 
de filiation qu’il faut remettre à plat. Elle appelle dans ce contexte à lever l’anonymat des tiers procréateurs.

Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste et consultante en bioéthique, accompagne des couples hétéros et homos depuis trente ans dans des parcours d’adoption ou d’assistance médicale à la procréation.

Vous faites le constat qu’il n’y a pas 
de brevet de parentalité. 
Que le modèle hétérosexuel 
est une construction culturelle…

Geneviève Delaisi de Parseval. Oui, le modèle familial « père, mère, enfant », le modèle PME, est bien une construction culturelle. 
Ma première formation, 
c’est l’anthropologie. Depuis une vingtaine d’années que je travaille sur le sujet, je suis retournée 
à mes sources. Des anthropologues comme Françoise Héritier (lire l’entretien paru dans notre édition du 18 janvier – NDLR) confirment qu’il s’agit de quelque chose 
de culturel, qui n’est pas un modèle général dans toutes les cultures 
et dans tous les temps. Mais ce qui fait famille, c’est l’arrivée d’un enfant. Un enfant a été engendré et/ou élevé par des procréateurs, qui ne sont pas forcément les parents, mais il y a toujours eu des parents. Le psychanalyste anglais Donald Winnicott dit qu’un enfant tout seul, un bébé tout seul, ça n’existe pas, car s’il est tout seul il meurt. 
Il a besoin de bras dès qu’il sort 
du ventre de la mère, de bras 
qui ne sont pas forcément ceux 
de la mère, mais il a besoin de bras pour vivre. À la différence 
des autres mammifères, comme 
un petit poulain ou un petit veau qui se débrouillent tout seuls dès 
la naissance, qui vont téter 
le sein de leur mère tout seuls. 
Le nourrisson humain non. La famille commence là. Qui s’occupe de ce nourrisson qui débarque ?

Le modèle PME – papa, maman, enfant – est pourtant celui 
que défendent les opposants 
au projet de loi…

Geneviève Delaisi de Parseval. Je pense que les gens qui ont défilé contre 
le projet de loi sur le mariage 
pour tous sont descendus dans 
la rue pour une cause qui n’est pas vraiment celle du défilé. La vraie question n’est pas l’homosexualité ou l’hétérosexualité, mais plutôt celle de la filiation. Qui est l’enfant de qui ? D’où vient l’enfant ? 
Est-ce que l’origine, c’est la filiation, 
l’ADN, la biologie, ou est-ce que l’origine, c’est plutôt quelque chose de l’ordre de l’histoire ? Ce sont deux questions fondamentales 
et qui n’ont pas été abordées dans le défilé des « anti ». Pourtant, l’homosexualité n’est pas inconnue des gens qui défilent contre, 
ni les familles recomposées 
ou monoparentales. D’ailleurs, 
les questions qui préoccupent 
les ministres en charge de ce dossier aujourd’hui sont celles soulevées par la procréation médicalement assistée (PMA) pour les lesbiennes puis par la gestation pour autrui pour les couples hommes, 
qu’il faudra bien aborder au nom du principe de non-discrimination. Personne n’ose trop le dire. 
Et personne n’est encore au clair sur la question de l’origine.

C’est pour cela que vous souhaitez que les lois de bioéthique soient remises à plat au moment 
de la discussion sur la PMA 
aux couples de femmes. Vous demandez d’ailleurs la levée 
de l’anonymat des tiers procréateurs. Pouvez-vous expliquer cette position ?

Geneviève Delaisi de Parseval. La loi de bioéthique a été votée en 1994, après dix ans de débats. Elle a été revotée tous les cinq ans jusqu’en 2011 sans un poil de changement. Et sur la question de la levée 
de l’anonymat, cela s’est joué à très peu. En octobre 2010, Roselyne Bachelot était d’ailleurs favorable à cette disposition. S’en est suivie, trois mois plus tard, une offensive parlementaire incroyable. Et 
le maintien de l’anonymat est passé. 
Depuis vingt ou trente ans, nous faisons appel à des donneurs pour les couples hétérosexuels infertiles. Ces donneurs sont des humains 
qui acceptent de donner du sperme 
ou des ovocytes de manière bénévole. Ces gens ne sont pas des étalons, ni des produits de laboratoire, mais de vraies personnes. Les receveurs sont, eux, des couples à qui l’on dit qu’ils reçoivent un don anonyme. 
Au départ, ils sont contents, 
ça les arrange. Quant aux enfants nés d’une insémination artificielle – les plus vieux sont aujourd’hui adultes –, ils se posent des questions. 
Ils ne cherchent pas un père, 
ils veulent savoir pourquoi ils ont les cheveux bruns, pourquoi ils ont de l’eczéma… Ces questions 
se posent pour l’adoption, mais 
la loi française permet désormais 
à ceux qui le souhaitent d’avoir accès à leur dossier d’origine dès la 
majorité. S’il n’y a rien dans le dossier, OK, mais s’il y a le nom des parents de naissance, on le dit. Pour certains, cela suffit. D’autres cherchent, et trouvent. En général, cela leur suffit de discuter avec leur mère ou leur père biologique, 
qui leur explique le pourquoi 
de leur abandon. Cela les conforte dans le fait que leurs vrais parents sont les parents qui les ont adoptés. Il n’y a rien de dangereux.

Vous réclamez donc cette même transparence pour les dons exercés dans le cadre d’une PMA ?

Geneviève Delaisi de Parseval. Oui. Ce que je veux dire, c’est que nous ne sommes pas des produits de ferme. Un sujet humain, né d’un homme et d’une femme, a besoin de savoir cela. Surtout, il est anormal qu’une institution le sache et ne vous le dise pas. Ces questions se posent pour le donneur, pour les parents et pour l’enfant. Ces gens se sont exprimés devant les députés pendant dix ans sans avoir été entendus.

Mais si on lève l’anonymat, 
n’y aura-t-il pas moins de donneurs ?

Geneviève Delaisi de Parseval. D’abord, la loi ne sera jamais rétroactive. Les gens qui ont donné resteront anonymes. Cela pourrait s’appliquer pour ceux qui donneront demain. Donneront-ils moins ? L’expérience de pays comme la Grande-Bretagne ou la Suède, qui ont levé l’anonymat, montrent que d’autres donneurs se présentent, mieux informés, plus réfléchis, et qui assument qu’à la majorité de l’enfant ou vers ses trente ans, quand il deviendra parent, celui-ci pourra demander à les rencontrer. Et pourquoi pas ? C’est un acte généreux, positif, il n’y a aucun droit ni devoir affairant à la paternité ou maternité. Les paillettes de sperme ne sortent pas d’un laboratoire, ni d’une pharmacie. Les ovocytes viennent de femmes qui ont trimé pour ça. Ce n’est pas comme du sperme. Il faut faire une induction d’ovulation (sorte de stimulation – NDLR). Respectons ces femmes. Que tout cela soit transparent, 
sans réification de personne. 
Au final, nous avons affaire 
à des gens qui veulent des enfants, 
il n’y a selon moi pas de danger. Pensons simplement aux enfants 
qui veulent savoir de qui ils sont nés. Le danger, c’est le silence et le secret.

Famille à tout prix, de Geneviève Delaisi 
de Parseval. Éditions du Seuil, 2008, 389 pages, 21 euros.

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