Homos et pères adoptifs : une démarche d’amour

Le Point.fr – Publié le 08/12/2012 à 10:57

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/homos-et-peres-adoptifs-une-demarche-d-amour-08-12-2012-1547253_56.php

La vie quotidienne chez François, Mike, Kevin et Jamie n’a rien à envier à celle que mènent la plupart des familles dites « traditionnelles ».

mariage-jpg-888634-jpg_622366

 

En Grande-Bretagne, l’adoption par un couple d’hommes est autorisée (photo d’illustration). © Jupiterimages / BananaStock / AFP ImageForum

François et Mike ont deux enfants. Deux garçons de 7 et 13 ans, adoptés en Grande-Bretagne en 2008 et 2011. « C’est moins compliqué comparé à la France », note François. Mais les étapes à franchir n’en sont pas moins éprouvantes, à commencer par l’enquête sociale. « Nous avons été longuement questionnés sur nos motivations et nos expériences de vie », racontent les deux pères. « L’objectif était de déceler les forces et les faiblesses de notre couple. Nous avons aussi fait l’objet d’une enquête de police et d’un examen médical, puis nous avons dû défendre notre dossier devant la commission d’agrément constituée de spécialistes. »

Projet familial

Après avoir obtenu leur agrément, François et Mike ont affronté la seconde épreuve, « beaucoup plus difficile du point de vue émotionnel » : identifier un enfant, avec l’aide des services sociaux, en s’accordant sur le placement le plus pertinent à la fois pour l’enfant et pour sa future famille. Le couple a privilégié l’adoption nationale pour éviter le problème supplémentaire du « déracinement culturel ». Entre 4 000 et 5 000 enfants britanniques de tous âges sont en attente d’adoption (ils sont environ 700 en France).

L’orientation sexuelle, le statut social et marital ou même l’âge des adoptants ne pèsent pas d’un grand poids dans la balance. Ce qui compte, c’est le projet familial et la solidité du couple. « Chaque dossier nous a été présenté en fonction de ce qu’on pouvait apporter à l’enfant et de la façon dont on pouvait répondre à ses besoins et ses difficultés, explique François. Puis, au fil des discussions, nous avons découvert nos fils, leur histoire… Nous nous sommes interrogés sur notre capacité à les aider à traverser leur vie. Pour le premier, nous n’avions vu aucune photo de lui avant de prendre notre décision. »

Rôle de thérapeute

Deux ans de procédure plus tard, Kevin, 9 ans, découvre sa chambre chez François et Mike. « Il avait une vie avant, il a fallu en tenir compte et la respecter. Il a surtout fallu l’aider à trouver un équilibre et sa place dans sa nouvelle famille, raconte François. Dès le premier jour, nous avons travaillé à nous adopter mutuellement, car ce processus est à double sens. »

Ces enfants ont pour la plupart un passé traumatique. « Certains ont fait l’objet de mauvais traitements, d’autres ont vécu dans la misère, et la plupart portent les blessures physiques et/ou psychologiques qui ont marqué leur enfance », précise François, qui, avant et après l’arrivée des enfants, a suivi avec Mike de longues heures de formation « pour se préparer aux défis de l’adoption ». Sauf que l’alchimie du premier contact et la qualité du lien que tisse l’enfant avec sa nouvelle famille ne s’enseignent pas. Ils se vivent. « Le rôle du parent adoptif est d’être un thérapeute. Il nous faut résoudre le traumatisme qu’il a vécu, apporter des réponses et lui donner confiance en l’avenir », assure François.

Puzzle

Loin de vouloir jouer aux chaises musicales, François et Mike conçoivent la place de l’enfant dans sa famille adoptive en complément de celle qu’occupe, de fait, sa famille d’origine. « Il n’est pas question de nous substituer aux parents biologiques, on ne fait que s’y ajouter. » François et Mike ont d’ailleurs accepté la proposition des services sociaux de rencontrer les parents de Kevin, même si cette perspective pouvait s’avérer douloureuse.

« Nous voulions préparer le terrain, car, à l’âge de 18 ans, s’ils le désirent, nos enfants peuvent demander à revoir leurs parents biologiques, explique François. On respectera ce choix sans pour autant se sentir remis en question dans nos liens avec les enfants, car ces liens du coeur noués avec nos fils sont aussi puissants que des liens de sang. » La rencontre s’est faite assez rapidement, 18 mois après l’adoption de Kevin. « C’était bizarre, car nous savions ce qu’ils avaient fait subir à notre fils. Mais on n’est pas là pour juger. Notre démarche était au contraire de comprendre un peu mieux ce que notre fils avait vécu. Cela nous a permis d’ajouter des pièces au puzzle qui forme l’histoire de cet enfant, et de mettre en perspective tout ce qu’on avait appris sur lui. »

Traumatisme

Et Kevin dans l’histoire ? À 13 ans, sa maturité d’adulte en construction est mise à l’épreuve. De ses parents adoptifs il disait au début qu’il avait deux pères : « daddy » et « papa ». Mais ces derniers ont vite rectifié : « On lui a dit qu’il avait quatre parents au total, deux parents biologiques qui malheureusement n’étaient pas capables de prendre soin de lui convenablement, et deux parents adoptifs. Maintenant, il a compris que le fait d’être parent, ce n’est pas seulement donner la vie, mais aussi protéger son enfant, l’aider à grandir et nouer chaque jour une relation de respect et d’affection. »

Fort de cette sécurité, Kevin a développé sa confiance dans l’avenir. « Mais, note François, cela ne s’est pas fait de manière linéaire et fluide. Les enfants expriment leur traumatisme de plusieurs façons : dans l’évitement, dans la négation, dans l’agressivité… Par exemple, notre deuxième fils était d’une vigilance extrême, il repérait tout changement dans la maison. Notre travail a été de lui réapprendre à maîtriser ses émotions et à modifier la représentation qu’il se fait du monde qui l’entoure pour qu’elle ne soit pas biaisée par son traumatisme. Cela suppose d’être constamment présent, de travailler avec tout notre entourage, les services sociaux, sa psychologue, ses instituteurs, etc. Puis, les choses se sont débloquées petit à petit. Jamie a perdu son hypervigilance, il est plus détendu et peut se focaliser maintenant sur ce qu’il apprend. Quant à Kevin, plus agressif au départ, il comprend à présent le sens des règles qu’on a mises en place. Ils semblent plus heureux tous les deux, se comportent mieux à la maison, les relations entre eux deux ou avec les copains à l’école sont plus sereines et les résultats scolaires sont bien meilleurs. »

Démarche positive

Reste que, sur le terrain de la parité, le quatuor familial ne remplit pas son contrat. « Pour autant, on ne vit pas dans un ghetto et beaucoup de femmes entourent nos enfants, rassure François. Il y a une jeune fille au pair, les grands-mères, des tantes et des institutrices. Et puis la douceur n’est pas l’apanage des femmes ! Un homme peut être maternel. Je ne comprends pas pourquoi on se focalise sur cette théorie du genre. Je suis attentif, à l’écoute de mes enfants de la même façon que peut l’être, par exemple, leur grand-mère. »

François et Mike conçoivent l’adoption comme un processus certes « difficile », mais aussi « positif » : « Nous n’avons pas été confrontés à la difficulté des couples hétéros qui doivent faire le deuil de leur infertilité ou apprendre à se dire que l’adoption n’est pas juste un dernier recours. Cette démarche a toujours été pour nous un premier choix et donc une démarche positive que l’on a conçue comme un don pour les enfants, et ils le ressentent d’ailleurs beaucoup. »

Pour l’heure, adoptés de manière plénière en Angleterre, Kevin et Jamie ne sont les enfants de leurs deux parents qu’au regard du droit anglais. Tant que la loi « mariage pour tous » n’est pas adoptée, il est impossible de faire transcrire leur double lien de filiation sur les registres d’état civil français. « Ils ont pourtant été éduqués avec les deux cultures, française et anglaise », déplorent leurs parents. Il n’est bien sûr pas question pour eux de faire établir leur filiation uniquement à l’égard du père français, car cela reviendrait à « leur enlever de nouveau un père ! »

 

Publicités

1 commentaire

Classé dans Articles et recherches

Une réponse à “Homos et pères adoptifs : une démarche d’amour

  1. Pingback: Homos et pères adoptifs : une démarche d’amour | http://zebestioleblog.wordpress.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s