On ne peut pas dire à quelqu’un « je t’aime mais je souhaite que tu ne fondes jamais une famille ».

Collectif Oui Oui Oui, le 10 décembre 2012

http://ouiouioui.blog4ever.com/blog/lire-article-721445-9668866-on_ne_peut_pas_dire_a_quelqu_un__je_t_aime_mais_je.html

« Hier, je suis arrivée en retard et à 15h, j’ai vu la manifestation des anti-mariage pour tous, partir de la Place de la République à Lille.

Et j’ai eu mal de voir autant de personnes mobilisées pour me faire comprendre que non seulement, je ne suis pas comme elles mais qu’en plus, je ne mérite pas les mêmes droits.
Une bande d’hypocrites qui prétendent se soucier des enfants et du bien être de la famille… quand ils ne se soucient pas du sort des familles SDF en plein de mois de décembre ou qu’ils ne se mobilisent jamais contre les violences faites aux femmes un 25 novembre.

Comme dirait la p’tite Blan, chacun son combat.

Mais ce qui m’a fait le plus souffrir, c’est leur nombre. Plus de trois milles personnes.
Avec en face d’eux, une cinquantaine d’irréductibles, là pour scander que ces gens ne viendront jamais à bout des Trans’, des Gouines, des Bis et des Pédés.

Pourtant, l’espace de quelques minutes, au départ du cortège… Je nous ai vu perdre ce combat. Car il s’agit bien d’un combat dont ils sont les ennemis.
Et je pèse mes mots en utilisant le mot « ennemi ».
Ils ont beau scandés qu’ils nous aiment, tout cela enrobés de ballons bleus et roses.
Mais ces gens là ne nous aiment pas.

L’amour, c’est sans conditions.
On ne peut pas dire à quelqu’un « je t’aime mais je souhaite que tu ne fondes jamais une famille ».

Leurs propos ne sont qu’un relent de haine, voir au mieux, de bêtise.

Nous étions une cinquantaine. Homos, bis, trans’, hétéros. Face à toute cette violence.

Le pire, c’est qu’ils se défendent d’être violent sous prétexte qu’ils ne nous éclatent pas le coin de la gueule sur un trottoir. Ils oublient juste que la violence peut être psychologique. Et moi et certains de mes compagnons en avons subis le contre-coup.

Le temps de quelques heures, j’ai perdu espoir.

Et ma foi militante, c’est un peu ce qui ne me fait pas sombrer dans une dépression profonde. Traîner avec les Flamands Roses, me dire que je sers à quelque chose, que je ne suis pas la seule à vouloir changer le monde. Les genTEs qui ne comprennent pas ma radicalisation, ne comprennent tout simplement pas que dans ce milieu, j’ai trouvé une raison de vivre, une raison d’avoir encore un peu d’espoir en l’humanité.

Sauf que pour la première fois, je me suis dis que ce combat ne servaient à rien.
Qu’on en viendrait jamais à bout. Qu’ils étaient trop nombreux.
Qu’ils étaient trop organisés… Quand certains LGB préfèrent aller faire du shooping plutôt que se réunir le temps d’une manifestation. Tout en se disant que cela ne les concerne pas… Ou que tout est déjà dans la poche.

Je suis repartie le moral broyé.
Puis, on m’a invitée au ciné, voir « Les Invisibles ».

Je suis ressortie de la salle, le sourire au cœur.

Ces cheveux blancs étaient là au début, quand tout était à faire, à construire.
Et i-elles n’étaient parfois, pas plus nombreu-x-ses que mes irréductibles.
Mais c’est grâce à ces personnes que j’ai pu envisager de sortir du placard à quinze ans.

Leur combat était remplis d’obstacles. Un combat souvent dangereux mais jamais vain.
Et je suis certaine que les personnes du FHAR ou des Gouines Rouges ne se rendent pas forcement compte à quel point ils ont changés nos vies…

C’est alors que je me suis posé la question: Et moi, qu’est-ce que je laisserais aux générations futures?

J’ai compris avec ce film que je ne me battais pas pour moi.
Je n’ai rien à prouver à la société. Je suis une Gouine.
Je l’ai toujours été et j’ai toujours aimé en être une.
J’aime ma communauté, j’aime ma culture.

Si je le voulais vraiment, je pourrais me terrer dans un extrémisme communautaire, à l’abri parmi les miens.

Mais si je me confronte encore à eux, qui défilent sous mes fenêtres, ce n’est pas pour moi.

C’est pour tous ces gamins présents dans leurs cortèges, qui se diront peut-être homosexuel-les dans les années à venir et qui le vivront mal, car ils se souviendront que leurs parents les ont fait scander: « Un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants ».

Je me bats pour tous ces gosses qu’on fout à la porte de chez eux et pour tous les mômes qui pensent que le suicide est plus simple à envisager que de vivre son homosexualité.

C’est pour cela que je me rendrais encore aux manifestations des 15-16 décembre. Et à bien d’autres encore.
Je serais visible, munie de ma grande gueule et de mes paillettes.

D’ici quelques années, je serais peut-être une invisible… Voir, plus de ce monde.
Mais ma colère aura laissé place à l’apaisement.
Et je pourrais me dire que j’aurais consacré une partie de ma vie à faire front fièrement.

Et vous?

Anais D

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