Mariage pour tous : on ne peut pas être contre ce projet de loi sans être homophobe

Article de Le Plus par Bruno Selun (Militant pour les droits LGBT) du 6 décembre 2012

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/730157-mariage-pour-tous-on-ne-peut-pas-etre-contre-ce-projet-de-loi-sans-etre-homophobe.html

LE PLUS. Le 16 décembre prochain aura lieu une manifestation nationale en faveur du mariage pour tous. Alors que le projet de loi n’a pas encore été examiné à l’Assemblée nationale, les opposants sont descendus dans la rue à plusieurs reprises et se sont exprimés dans les médias de manière virulente. Des réactions qui soulignent l’homophobie qu’ils tentent de nier, selon Bruno Selun, militant LGBT.

Édité et parrainé par Mélissa Bounoua

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Manifestants en faveur du mariage gay, Paris, le 17 novembre 2012 (SIPA)

Par où commencer ? La zoophilie ? Le terrorisme en puissance ? L’inceste ? Le mariage avec les livres, les villes ou les pâtisseries ? Le florilège complet ? Soit dit en passant, si Patrick Besson ne conçoit pas de différence entre l’amour que l’on porte à un être humain et celui que l’on porterait à un grille-pain, dépassons les objets physiques et laissons-le se marier avec sa bêtise.

L’examen officiel du projet de loi n’a pas encore commencé que chaque jour voit sa question au gouvernement, son lot de tweets nauséabonds voire violents, et ses éditos expliquant de diverses manières que nous, homosexuelles et homosexuels, ne devrions pas pouvoir profiter de tout ce que le droit de la famille et le droit bioéthique ont à offrir au XXIe siècle.

Des hauts et débat

Il faut être idiot (ou avoir des arrière-pensées politiques ?) pour affirmer que le débat n’a pas lieu : les homos, les bis, les lesbiennes et les trans de France se réveillent chaque jour au son des insultes fraîches de la veille.

Et pourtant. « La Vie » regrette et le « Figaro » s’offusque (partroisfois !) que les opposants au projet de loi, et particulièrement les responsables religieux, ne soient pas plus entendus. Les blogs ultra-catholiques tendance extrême-droite hurlent à la « haine anti-chrétienne » et l’ »inquisition parlementaire ». Peut‑être la République serait-elle plus tendre avec l’Église catholique si celle-ci n’avait pas milité aussi passionnément contre les droits des femmes et des homosexuels ?

Quant aux politiques, l’UMP répète à l’envi qu’il n’y a pas de débat alors même que ses députés boudent les auditions parlementaires. Pour faire oublier sa guerre des chefs, la Désunion pour un Mouvement Populaire applique la recette bien connue de rassembler en tapant sur les minorités. Et parions qu’en 2017 la droite se félicitera du mariage pour tous : faire autrement serait du suicide politique.

Parlons-en, du débat. Il est déjà extraordinaire qu’on écoute les représentants des cultes sur un sujet qui ne concerne que la république laïque. Mais soit, il faut accepter la pluralité, faire de la pédagogie, entendre ceux qui s’auto‑proclament intéressés. (Comment réagiraient les religieux si les députés s’exprimaient à tort et à travers sur ce qui se dit dans les paroisses, par ailleurs bien vides ?)

Posons la question autrement : si ce « vrai débat » tant rêvé par la droite conservatrice et les homophobes de tous bords devait avoir lieu, à quoi ressemblerait-il ? Comment serait-il différent du débat actuel, et surtout quels arguments y figureraient qui n’aient pas déjà été entendus cent fois ? Voilà bien la preuve que ce débat a déjà lieu : aucun argument nouveau n’apparaîtrait lors de ces homériques « états généraux de la famille ». Mais ce tribunal populaire de l’égalité, l’UMP va s’empresser de l’organiser afin de gagner du temps et continuer d’affaiblir l’opinion publique.

« Ce n’est pas de l’homophobie ! »

Il s’agit non seulement de gagner du temps pour affaiblir une opinion publique nettement positive, mais surtout de polir les messages d’opposition autant que possible. Entrent en scène une Frigide Barjot 2.0, des représentants religieux qui ont mieux appris leur fiche de com’ que Philippe Barbarin, et pléthore de commentateurs aux angles plus arrondis que les Boutin et les Escada. Mention spéciale pour Xavier Bongibault, homo favori de la droite, dont les arguments sont aussi pertinents que ceux d’un Congolais en faveur du colonialisme.

Ce n’est pas de l’homophobie, nous rassure-t-on. Leur chien est homosexuel, ils sont tolérants voire carrément anti-mariage-cette-institution-bourgeoise, ils souhaitent juste que nous nous contentions de signer un pacs amélioré chez le notaire – tout mais par pitié : pas en public, pas dans nos belles mairies, pas sous le fronton « Liberté Égalité Fraternité ».

Pourtant l’homophobie ne se résume pas à la peur irrationnelle des homosexuels, de même que les xénophobes ne prennent pas leurs jambes à leur cou en voyant un étranger. L’homophobie, c’est nous refuser les droits que nous aurions en étant hétérosexuels. L’homophobie, c’est creuser n’importe quel argument anti-mariage pour arriver à la croyance, parfaitement irrationnelle, que l’homosexualité vaudrait moins que l’hétérosexualité. On ne peut pas être contre ce projet de loi sans être homophobe, comme l’expliquent très bien les « DurEs à Queer ».

Un intérêt de l’enfant à géométrie variable

Mais c’est dans l’intérêt de l’enfant, clament-ils ! Ne surtout pas soumettre les enfants aux névroses auxquelles ils ont jusqu’ici échappé dans des couples hétérosexuels divorcés, recomposés, adultères, remariés, redivorcés, parfois violents – bref, parfaits.

Il est parfaitement impossible de leur répondre : aux centaines d’histoires d’enfants d’homos heureux (partagées dans un livre, via lapresse, sur les blogs), les homophobes répondent que ce sont des cas individuels. Aux études publiées, ils répondent que rien n’est prouvé. Et ils brandissent le « droit » – parfaitement imaginaire ! – d’un enfant à avoir deux parents de sexe différent. S’engager dans ce débat qu’ils souhaitent tant est peine perdue, « débat » signifiant finalement se plier à leurs caprices rétrogrades.

Cette agitation sans fin montre une chose : tant que nous n’aurons pas capitulé devant les demandes religieuses et droitières d’abandonner ce projet de loi, les cris d’orfraie continueront, clamant que de débat il n’y a point.

Alors puisque les insultes et la mauvaise foi fuseront, quel que soit le nombre d’auditions, d’émissions et de discussions, au diable le débat : passons cette réforme essentielle et saisissons les droits qui nous reviennent, quoi qu’en disent les saintes-nitouches.

Bruno Selun est militant LGBT et assistant au Parlement européen. Les opinions exprimées ici le sont à titre strictement personnel. Twitter : @bselun

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