Témoignage d’une homoparente: « Sa mère invisible »

Billet du 3 décembre du blog « Je vais le dire à tes mères! »

http://homoparentalite.blogs.liberation.fr/meres/2012/12/sa-m%C3%A8re-invisible.html#comment-6a017d3e2e9f58970c017ee5f8f014970d

6a017d3e2e9f58970c017ee5dd0530970d-250wi

Pendant des années, elle l’a rêvé, attendu, espéré.  Alors que l’optimisme n’est pas sa plus grande qualité, elle ne commençait pas ses phrases par si nous avons un enfant mais par quand il sera là. Si cet enfant-là existe, c’est parce que nous l’avons voulu elle et moi. Elle est responsable de sa venue au monde.

Elle a pleuré à chaque échec, surtout lorsqu’elle pensait que je ne la voyais pas.

Un jour, nous avons appris que notre petit gagnant s’était accroché.

Avant même que mon ventre ne s’arrondisse, elle lui chuchotait des secrets chaque soir avant de s’endormir. Une nuit que nous testions une nouvelle fois les peurs terribles que connaissent les futurs parents lors des trois premiers mois de grossesse, elle a eu une grande conversation confidentielle avec ce tout-petit-rien-du-tout. Au terme de celle-ci, elle m’a affirmé, les yeux brillants : «Il ira jusqu’au bout, et c’est un garçon». Je n’y ai pas beaucoup cru, mon fils m’a prouvé huit mois après que j’avais eu tort. Autant pour l’inexplicable.

Elle n’a  pas manqué un seul rendez-vous avec la sage-femme, pas un seul cours de préparation à l’accouchement.

Elle a compté chaque contraction, calculé chaque intervalle, soufflé avec moi tout en se sentant impuissante devant ma douleur. Elle ne m’a pas quittée pendant ces longues heures, et ce sont ses larmes de joie qui m’ont fait réaliser qu’il était enfin là. En entendant sa voix qu’il connaissait si bien, le premier regard de notre fils a été pour elle.

C’est elle qui a déclaré sa naissance en Mairie, permettant ainsi à son nom d’apparaître sur le certificat de naissance, même si ce n’est (pour le moment!) qu’en tant que «personne déclarante». Elle m’a dit avoir eu envie ce matin-là d’embrasser chaque employé municipal qu’elle croisait.

Les premiers jours, elle trouvait toujours une bonne excuse pour le faire dormir tout contre elle, et lui n’était jamais aussi apaisé qu’à cet endroit-là. Elle connaît les nuits blanches, et lui invente des chansons débiles qu’elle lui chante pendant des heures pour l’endormir. Et ça marche. Elle s’extasie devant chaque couche, souffre avec lui à chaque colique, et c’est elle qui l’a emmené chez le médecin pour les premiers vaccins. Elle a marché l’équivalent d’un Paris-Marseille dans l’appartement, et reconnaît maintenant parfaitement la différence entre vomi et régurgitation.

Parce qu’elle ne pouvait garder toute cette joie pour elle, elle a organisé une fête à son travail pour présenter à tous son petit bonhomme. Et dans ce milieu où les esprits ont la réputation d’être si conservateurs, la majorité a répondu présent pour le fêter avec elle.

Ils ne partagent aucun patrimoine génétique, et pourtant ils ont la même impatience, la même fascination pour la musique d’Edvard Grieg, et la même façon de ronfler pour mon plus grand bonheur nocturne.

Il y a mon histoire avec lui, il y a notre histoire à tous les trois, et il y a leur histoire à eux. Elle ne l’a pas  porté dans son ventre, elle ne connaîtra jamais le lien que nous partageons. Elle ne cherche pas à prendre ma place. Elle n’en a pas besoin, elle a la sienne, et personne ne pourra la lui prendre. En réalité, ni moi, ni vous, ni personne n’y pouvons rien. Elle est sa mère parce qu’avant même d’en connaître le mot, son fils en a décidé ainsi, et quels que soient les avis et les convictions des uns et des autres, rien ne changera ça. Personne n’a le pouvoir de défaire cet amour-là, même si certains ne semblent pas s’en rendre compte.

Elle n’attend pas de la société la permission d’être parent, elle l’est déjà. Elle demande simplement que cette réalité soit protégée par la loi. Les mêmes droits que n’importe quel autre. Les devoirs, elle se les impose déjà.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Articles et recherches

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s